Chose Que L On Retourne 94
Radio-Canada
Je m'appelle Valérie. En 1993, j'avais 22 ans et j'entamais ma carrière de journaliste. La même année où cinq gars d'environ mon âge, Frédérick, Dominique, Érick, Sébastien et Luc, étaient déployés en ex-Yougoslavie comme Casques bleus.
J'aurais voulu être correspondante à l'étranger pour témoigner de cette guerre qui me bouleversait. Eux, ils fifty'ont vécue, dans toute son horreur. Et ils en sont rentrés profondément marqués, changés à vie.
Les cinq frères d'armes sont retournés en Bosnie au printemps dernier, dans l'espoir d'en revenir une fois pour toutes. J'ai fait le voyage avec eux, grâce à leur confiance et à leurs confidences, avant, pendant et après. Ensemble, au cours des huit derniers mois, nous avons souvent ri. Et tout autant pleuré.
En 25 ans de métier, j'ai eu le privilège d'en raconter, des histoires poignantes. Mais jamais comme les leurs.
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Dans un parc de Sarajevo, un homme regarde la pelouse southward'étalant devant lui. Il entend les oiseaux qui chantent, les enfants qui jouent au loin. L'endroit est grouillant de vie et paisible à la fois, mais c'est plus fort que lui : il a peur de poser le pied dans 50'herbe. Prisonnier de son passé.
Dominique, 46 ans, est un ancien Casque bleu canadien envoyé en Bosnie il y a 25 ans. En compagnie de quatre de ses frères d'armes, il a décidé de revenir pour exorciser ses fantômes.
Tondre le gazon. Marcher dans 50'herbe. Ces gestes, Dominique les a faits mille fois. Or, à cet instant précis du 23 avril 2018, il reste planté là , à fifty'entrée du parc où il comptait s'installer cascade appeler ses parents. Sa tête sait qu'il n'y a pas de danger à quitter l'allée asphaltée. Son corps, lui, refuse carrément de lui laisser prendre le risque.
J'ai comme arrêté... Y avait plein de gens dans le gazon, dans le parc, pis tout ça! Mais j'ai reviré de bord, j'ai continué dans le chemin. J'ai pas été capable de mettre le pied sur le gazon
, raconte Dominique.
Il marque une pause. Une petite seconde suspendue dans l'espace-temps, comme son pied, la veille.
Ça te donne une idée, quand même, comment on reste marqués
, laisse-t-il tomber.
Bienvenue Ă Sarajevo. Prise two.
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Conditionnement physique
Ensemble, Érick, Dominique, Frédérick, Luc et Sébastien découvrent cette Bosnie qui les habite pourtant depuis united nations quart de siècle.
Ils superposent de nouvelles images sur les anciennes, sans cascade autant vouloir ou pouvoir effacer totalement ces dernières.
Un constat s'impose : depuis leur retour en Bosnie, les anciens Casques bleus reproduisent inconsciemment des comportements apparus Ă l'entraĂ®nement et pendant leurs « tours », c'est-Ă -dire leur dĂ©ploiement de six mois.
Érick et Frédérick ont beau avoir troqué les commandes de leur Cougar, le véhicule blindé qu'ils conduisaient à l'époque, pour le volant d'une Citroën, ils ont gardé certaines habitudes
d'il y a 25 ans, comme d'éviter les bouches d'égout
potentiellement piégées, de freiner à la dernière minute
et de tourner sec
pour confondre l'adversaire, énumère Dominique.
Disons que je me fais brasser pas mal, à fifty'arrière du véhicule, comme passager
, lance ce dernier d'un ton moqueur.
S'ils ne craignent plus de se faire prendre pour cible (ou sheller, comme ils disent dans leur jargon) sur Sniper Aisle et ne roulent plus le pied au plancher sur les routes du pays, les gars northward'arrivent toujours pas à sortir des sentiers battus quand ils débarquent de leur véhicule.
Ça nous tente pas de piler dans le gazon
, commente Érick.
On due north'est pas capables de sortir des pistes. On sait que c'est correct. On sait que c'est dĂ©minĂ© presque partout. Mais…
, ajoute Frédérick.
À la petite cuillère
Mais Érick se souvient justement encore de la première fois qu'il a vraiment eu peur après son atterrissage à Sarajevo, en mai 1993. Il se souvient de sa prise de conscience fulgurante, assis à fifty'arrière du deux-tonnes devant le mener au military camp canadien, qu'il pouvait y mourir, à tout juste 19 ans.
Quand on passe le checkpoint, je vois le soldat bosniaque ou croate ou serbe qui tasse les mines avec ses pieds. C'est ces mines-là qu'on avait étudiées avant de partir. Quand tu la vois en vrai, c'est comme pas pareil. [...] C'est plus juste des balles à blanc, faire des mesures de sécurité pour le fun. C'était pour vrai.
Ça a d'ailleurs été cruellement vrai pour leur camarade Daniel Gunther. Le caporal de 24 ans a été tué le xviii juin 1993, quand un missile antichar s'est abattu sur son véhicule blindé. Il venait de prendre position au poste d'observation établi non loin du military camp de base canadien de Visoko.
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Ce jour fatidique là , Dominique a ensuite dû prendre la relève de son confrère défunt audit poste d'ascertainment.
Des six heures de surveillance que j'ai passées là , j'ai gardé zéro souvenir. C'est le noir total
, révèle-t-il d'une voix rendue rauque par fifty'émotion.
En prĂ©vision de leur retour sur les lieux, Érick a nĂ©anmoins pris soin d'entrer dans son GPS les coordonnĂ©es de l'endroit oĂą leur camarade est mort. Un arrĂŞt est prĂ©vu, pendant le trajet de la fameuse « run Vis-Kis » reliant Visoko et Kiseljak, cascade que les voyageurs rendent hommage Ă Daniel Gunther.
Contre toute attente, Érick, Dominique, Frédérick, Luc et Sébastien trouvent sur place un mémorial rappelant la mort du caporal.
Aussi Ă©mus que surpris, les cinq hommes northward'hĂ©sitent pas une seconde Ă arracher Ă pleines mains les herbes folles qui ont envahi 50'espace clĂ´turĂ© autour de la stèle Ă©rigĂ©e Ă la mĂ©moire du Canadien, devant laquelle « brĂ»le » united nations lampion Ă piles.
«Le eleven novembre, ça revient Ă chaque annĂ©e. On va tout le temps se recueillir au cĂ©notaphe Ă Ottawa, pis, oui, tu repenses Ă certaines choses. Mais Ă ce moment-lĂ , Ă cette place-lĂ , avec la pierre, avec son nom, je pense que le "Je me souviens" a pris tout son sens. [...] Ce recueillement-lĂ , entre frères d'armes, devant un autre frère d'armes tombĂ©, ça prend tout son sens, sa valeur. »
Courtoisie Frédérick Lavergne
Le cercle
Si ces deux minutes de silence représentent un moment marquant pour eux, elles surviennent après plusieurs autres passées dans la poussière du stationnement de leur ancien army camp de base, à Visoko. La même poussière qu'il y a 25 ans.
Érick, Dominique, Frédérick, Luc et Sébastien rigolent comme des gamins, se coupent fébrilement la parole, dans une surenchère de détails, d'anecdotes et de souvenirs teintés de joie et d'une certaine sérénité.
Les cinq anciens rĂ©servistes du RĂ©giment de Hull sont de retour Ă la « maison ».
Leurs pieds formant un cercle autour du chiffre 25 inscrit dans le sable, ils tiennent la pose. Cette photo due south'avère aux yeux de tous la plus significative de leur périple.
C'est là qu'on s'est rejoints, qu'on south'est vraiment retrouvés. Ça a été un moment libérateur
, soutient Érick.
À ses côtés, Dominique, Frédérick et Luc opinent vigoureusement de la tête en signe d'beatitude.
«Ă‡a m'a pris 25 minutes Ă dĂ©cider de partir... Ça fait 25 ans que je reviens. »
J'aurais pu reprendre l'avion le lendemain et j'aurais été satisfait
, ajoute Érick.
Pour Sébastien, cette photograph témoigne de l'camaraderie de camaraderie avec lequel il avait besoin de renouer pour trouver le courage de les rejoindre là -bas. Il n'était cependant pas prêt
à plus que l'équivalent d'une fin de semaine de réserve
, c'est-Ă -dire deux jours, comme dans le temps.
Sans y penser, on a reproduit le cercle qu'on formait toujours avec nos véhicules en rentrant d'une mission pour se voir, s'assurer que tout le monde était correct. On a couvert tous nos angles. Ça avait quelque chose de réconfortant
, detect avec le recul celui qui, par ce premier pas, a entrepris le ménage de ses tiroirs.
Mine de rien
Luc, qui salivait à la seule évocation de l'odeur du hurting frais livré tous les matins par le boulanger de Visoko, a senti les effluves du passé lui sauter aux narines en retournant sur les lieux, et ce, même si la boulangerie n'existe plus.
«FrĂ©dĂ©rick a la chair de poule en me dĂ©crivant les cris des enfants s'amusant dans les rues de Sarajevo oĂą, auparavant, ils n'avaient vu que des gens courir pour Ă©chapper aux balles des tireurs d'Ă©lite embusquĂ©s. »
La soirée débute en Bosnie. Les gars sont rentrés au condo qui leur sert aujourd'hui de quartier général. L'heure d'united nations rendez-vous par Skype a sonné.
Cascade l'instant, faut vraiment que ça reste entre nous
, préviennent-ils en choeur, le rire nerveux, lorsque je leur demande si l'un d'eux a réussi à marcher dans le gazon.
C'est parce qu'à la recherche d'un des endroits symboliques où Frédérick a déjà patrouillé, à la sortie de Visoko, ils ont osé s'aventurer hors piste.
Autour des fondations de la maison en ruines, ils n'ont pas remarqué les panneaux rouges tordus, face contre terre : c'était la deuxième fois que les Québécois se retrouvaient sans le vouloir en terrain miné.
Ils se sont assurés de revenir sur leurs pas, littéralement, fifty'asphalte rassurant dans leur mire.
À quelques centaines de mètres de là , un vieil homme sarclait tranquillement son jardin, son râteau à la main.
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Dans un corridor, les Casques bleus se mettent à quatre pour décoincer une porte.
De l'autre côté, quelque chose de lourd les empêche d'entrer dans la chambre.
Ils appuient de tout leur poids sur la cloison, parviennent Ă repousser ce qui obstruait leur passage.
Frédérick découvre alors avec horreur une demi-douzaine d'adultes émaciés, les yeux hagards, ainsi que les cinq corps empilés pêle-mêle qui bloquaient la porte.
Et les marques que ces derniers y ont laissées dans le bois, du bout de leurs doigts.
Des marques d'ongles qui témoignent cruellement de leurs tentatives désespérées et vaines de sortir de leur chambre, cadenassée de fifty'extérieur.
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Dans une version précédente, nous écrivions en surimpression que cet extrait du Téléjournal datait de novembre 1993. Or, l'opération relatée par Céline Galipeau avait été menée par une patrouille du Imperial 22e Régiment, en juillet 1993, soit quatre mois plus tôt. La surimpression et le texte ont été modifiés par souci d'exactitude et de clarté.
Le personnel a déserté l'hôpital de Fojnica devant fifty'avancée des Serbes, abandonnant la directrice, une infirmière et quelque 250 handicapés physiques et mentaux, majoritairement des enfants, à leur sort.
Ce sont cependant les odeurs qui assaillent Frédérick en premier à son arrivée sur place, lorsque les Canadiens y sont de nouveau envoyés en renfort, en novembre 1993. Celle de la mort, mêlée aux effluves aigres de la sueur, du vomi, de l'urine et des excréments des survivants.
Les muqueuses de son nez, les papilles de sa langue et les pores de sa peau semblent se saturer de toutes ces odeurs prégnantes, sournoises, qui tapissent déjà sa mémoire. Son foulard remonté sur le nez dans une vaine tentative de ne rien sentir, le soldat de 20 ans passe d'united nations étage à l'autre, d'une chambre à l'autre, pour participer au tri entre les vivants et les morts.
Fojnica, cascade moi, ça a été la première de tout : premier baptême de feu, première cigarette, premier contact avec la mort
, affirme-t-il.
«Arriver Ă 50'hĂ´pital, on dirait que c'est irrĂ©el. On dirait qu'on ne croit pas Ă ce qu'on voit, Ă rentrer dans chacune des pièces, Ă aller voir qui est vivant, qui est mort. Ceux qui sont morts, on les prend, on les sort, on les enveloppe dans des draps. Ă€ 50'Ă©poque, il y avait une grange sur les lieux. C'est lĂ qu'on entreposait les corps des enfants qui Ă©taient morts avant qu'on aille faire les trous pour les enterrer. »
Pour déplacer les corps jusqu'à la grange, il utilise l'un des petits carrosses d'épicerie qui traînent à chaque étage.
Pendant quatre jours, Frédérick voit, touche, entend, goûte et sent la mort à Fojnica. Il la dessine aussi. Pour essayer de lui donner un sens.
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Malgré tout, Frédérick y voit, touche, entend, goûte et sent l'espoir également.
Car les Canadiens prennent soin des survivants, cet hiver-lĂ , entre autres en les nourrissant, en leur distribuant des vĂŞtements chauds et en jouant avec eux.
Pour moi, c'est le plus gros symbole de ce que la mission était supposée d'être
, affirme Frédérick.
La rumeur courtroom qu'un bébé a même été adopté par un haut gradé, mentionne-t-il en passant.
United nations bout de « tape » noir
Pour faciliter le travail des infirmiers et médecins canadiens auprès des plus jeunes patients, un lawmaking a vite été établi à l'arrivée des Casques bleus à l'hôpital : un morceau de ruban adhésif blanc signifie que fifty'enfant est hors de danger dans l'immédiat; united nations morceau de ruban adhésif noir indique que le personnel médical doit évaluer fifty'état de santé du bambin ou confirmer son décès, le cas échéant.
Collé à côté d'un petit garçon inanimé, le bout de ruban noir laisse entrevoir le pire. 50'adjudant-maître Denis Francis Trudel croit cependant voir bouger le poupon d'environ un an. Fifty'homme de 43 ans due south'empresse de trouver un bout de tissu et de 50'eau pour lui décrasser le nez, la bouche et les yeux encroûtés d'avoir trop pleuré. Au cas où.
Quand j'ai european union fini de le débarbouiller, il a ouvert les yeux et il yard'a fait united nations grand sourire. Mon affection cascade Boris est née spontanément à ce moment précis
, avoue le sexagénaire. Entre son regard rempli d'amour paternel et son sourire tremblant d'une émotion toujours aussi vive à évoquer cet instant où lui-même est revenu à la vie, confie-t-il, on croirait voir un arc-en-ciel s'étirer discrètement sur ses joues.
Courtoisie Denis Francis Trudel
Yogourt et Gravol
Né le 12 novembre 1992, Boris vit à 50'hôpital avec sa mère quand les militaires canadiens débarquent à Fojnica. Victime collatérale de la guerre, Brenka avait pu y trouver refuge, environ deux ans plus tôt, grâce à une amie infirmière.
Elle devait aider à prendre soin des petits. C'était avant de découvrir qu'elle était enceinte. Or, Brenka peine à south'occuper de son bébé depuis sa naissance. À un an, Boris, qui due north'est pas handicapé, commence à se comporter comme les enfants qui l'entourent : il crie, grogne et ne marche pas, pas même à quatre pattes, notamment.
Denis Francis dĂ©cide alors de le sortir de lĂ
et d'entreprendre des démarches pour l'adopter officiellement afin de le ramener au Canada à la fin de son tour.
Il obtient les papiers légaux des autorités bosniaques, la signature de Brenka et le feu vert du gouvernement canadien. Encore faut-il que le Casque bleu puisse faire quitter 50'hôpital à celui qu'il considère déjà comme son fils. Première étape : l'amener chez l'enseignant bosniaque qui lui sert de traducteur et qui a accepté de garder le poupon parmi les siens jusqu'à son départ cascade le Canada.
Au cours des semaines suivantes, Denis Francis tente Ă deux reprises de contourner les postes de contrĂ´le serbes en traversant par la forĂŞt avec Boris, Ă partir de Visoko. Il doit chaque fois rebrousser chemin bien avant d'avoir pu rejoindre la Croatie.
C'est united nations médecin qui, en avril 1994, propose la solution : père et fils quitteront la Bosnie en ambulance militaire canadienne. Les Serbes peuvent certes ouvrir les portes du véhicule aux barrages routiers, mais ils n'ont pas le droit de le fouiller.
On a endormi Boris en écrasant des Gravol dans son yogourt et on l'a caché derrière deux bonbonnes d'oxygène dans l'ambulance
, précise Denis Francis.
Quant à lui, on le couche sur une civière pour faire croire à une blessure nécessitant son évacuation.
Au final, les Serbes laissent passer l'ambulance sans mĂŞme exiger de voir Ă l'intĂ©rieur…
À Separate, en Croatie, Denis Francis doit ensuite faire semblant d'être united nations membre de l'équipage d'united nations avion militaire canadien pour traverser à Ancône, en Italie. Il doit y attraper un train vers Rome, d'où Boris pourra s'envoler vers Montréal et les bras de la soeur de son père. Pendant ce temps, Denis Francis retourne en Bosnie pour les deux dernières semaines de son tour.
Courtoisie Denis Francis Trudel
«Monday père m'a sauvĂ© la vie! »
Radio-Canada
L'ingénieur en informatique, qui est aussi capitaine dans les Forces armées canadiennes, a toujours su qu'il avait été adopté. Ce n'est cependant que dans les mois précédant leur retour ensemble en Bosnie, à l'été 2017, que son père lui a raconté les détails de son histoire.
«En grandissant, je n'avais pas vraiment cherchĂ© Ă en savoir plus, de toute façon. Ma famille, c'est celle qui grand'a vu grandir, celle que j'ai toujours connue, puisque je n'ai pas vraiment souvenir de ma mère biologique ni de la Bosnie. »
Due south'il ne reconnaît ni les lieux ni les gens qu'il rencontre, le petit Boriša
devenu grand est néanmoins reconnu par Charlotte, la femme de l'ancien traducteur de son père, et leurs enfants, que Denis Francis a retrouvés, à Visoko.
Revenus en poste depuis la fin de la guerre, des employés de l'hôpital de Fojnica se souviennent également de lui et de son père lors de leur visite. Sur un tableau d'honneur rappelant l'intervention des soldats canadiens sont affichées des photos sur lesquelles il est d'ailleurs possible de voir Boris bébé et Denis Francis.
Quant à Brenka, elle est toujours en vie, ont-ils appris pendant leur séjour. Boris est rentré au Canada avec les coordonnées de sa mère, sans cascade autant avoir cherché à la revoir. Ce sera cascade united nations autre voyage, peut-être
, explique-t-il sobrement.
Courtoisie Frédérick Lavergne
Fantômes à la croisée des chemins
Vendredi twenty avril 2018. Dans la Citroën louée par les frères d'armes, une certaine tension devient palpable à l'approche de Fojnica. Frédérick, Érick et Dominique ne savent pas à quoi s'attendre, quand ils aperçoivent enfin le petit pont qu'ils traversaient autrefois en char blindé pour accéder à l'hôpital.
L'édifice, qu'ils croyaient détruit, se révèle entièrement rénové devant eux. Leur visite d'une heure représente un premier arrêt des plus intenses sur le plan émotif, lors de leur propre retour en Bosnie.
Si Frédérick est revenu particulièrement ébranlé de Fojnica, c'est aussi parce qu'il y a croisé le jeune homme de twenty ans qu'il était et y avait laissé, 25 ans plus tôt.
Ce vendredi-là , il a décidé de le ramener avec lui. Une fois cascade toutes.
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Depuis qu'elle joue dehors avec son petit frère de cinq ans et leur bande de copains, Minela est aux aguets. Lorsque la fillette de 10 ans entend les vrombissements puissants des chars blindés qui s'approchent, elle se met à courir, le coeur battant, et le plus vite que ses jambes le lui permettent.
Tous les jeunes sprintent dans la mĂŞme direction. Ils savent qu'ils ont une dizaine de minutes, maximum, cascade prendre position.
Minela ne fuit pas. Au contraire, si elle go far la première au bord de la route, au moment où le convoi traversera son village, situé entre Sarajevo et Mostar, elle augmente ses chances d'attraper au vol fifty'une des précieuses barres de chocolat que les plavi šljemovi
(Casques bleus, en bosniaque) pourraient lui lancer aujourd'hui.
La première fois qu'un convoi est passé près de la maison, nous nous sommes contentés d'observer, rapporte Minela, aujourd'hui trentenaire et jointe par Skype à Sarajevo. Quelques soldats nous ont salués, et c'est comme si, tout à coup, nous réalisions que quelqu'un se souciait de notre sort! Les fois suivantes, certains d'entre eux nous ont lancé des bonbons en nous souriant. Ils ne le faisaient pas à tous les coups, mais quand ils le faisaient, c'était comme une fête. Pour nous, ces sourires et ces bonbons représentaient ce que nous n'avions pas, durant la guerre : l'espoir.
Érick regarde les enfants s'agglutiner, les yeux avides, le long de la route. Le réserviste canadien plonge la main dans le sac sur la banquette du camion dans lequel il prend exceptionnellement place côté passager, ce jour-là . À sa demande, ses parents lui ont acheminé des bonbons, qu'il lance par la fenêtre ouverte. Une petite fille se précipite pour cueillir les friandises, mains tendues et large sourire aux lèvres.
On ne parlait pas la même langue, pis de toute façon, on avait rarement fifty'occasion de jaser avec les gens. Ces bonbons étaient devenus une façon de leur dire qu'on était là pour eux.
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Avenirs à géométrie variable
Quand il lève la main pour partir en Bosnie en 1993, Érick ne sait même pas où se situe la Beauce sur une menu du Québec, admet-il sans gêne.
Le Gatinois de nineteen ans est convaincu que son professeur de mathématiques de cinquième secondaire l'a fait passer par charité
et il vient de décrocher cascade la troisième fois en trois sessions depuis son entrée au cégep.
Or, Érick subit un véritable électrochoc quand il rencontre des jeunes de 16, 17 ans, au military camp de base canadien de Visoko. L'occasion étant rare, il veut tout savoir, notamment ce qui leur manque le plus, depuis le début du conflit. Baragouinant en anglais eux aussi, les adolescents bosniaques disent s'ennuyer de l'école.
Devant l'air ahuri du militaire juché sur son Cougar, ils lui font comprendre que sans diplôme, ils n'ont aucune chance d'être acceptés comme réfugiés en France ou en Allemagne.
«Ce jour-lĂ , j'ai compris que, pour eux, ĂŞtre Ă©duquĂ©s Ă©tait un privilège, une porte de sortie. J'ai surtout compris que, moi, j'Ă©tais en train de scrapper ma chance. »
Quelques mois après son retour au pays, Érick retrouve les bancs d'école comme étudiant adulte et décroche un baccalauréat en... mathématiques pures en 2000, puis une maîtrise en économie deux ans plus tard.
Courtoisie Frédérick Lavergne
«Je suis devenu united nations peu ce que ces jeunes voulaient devenir. Cette conversation-lĂ , c'est mon signal zĂ©ro. [...] Je suis qui je suis aujourd'hui parce que j'ai Ă©tĂ© lĂ -bas. »
Courtoisie Dominique Brière
Le baklava
Érick regrette cependant encore de ne pas avoir pu mordre dans le petit gâteau offert par une dame (il ne sait pas encore que ledit gâteau southward'appelle baklava) à une autre occasion. Mais les ordres sont stricts : il est interdit d'accepter de la nourriture des civils. Ce contact-là aussi est resté gravé dans ma mémoire. Elle me donne un cadeau et je northward'ai pas le droit de l'accepter.
Pour son retour en Bosnie avec ses frères d'armes, 25 ans plus tard, Érick se promet donc deux choses : marcher dans les rues qu'il n'a sillonnées qu'en véhicule blindé en 1993 et aller à la rencontre des Bosniaques.
«J'ai passĂ© six mois Ă les regarder du haut de ma tourelle [de Cougar]. Je veux descendre en bas, les regarder dans les yeux. Je vais leur serrer la main, pis je vais jaser avec eux autres. »
Les leçons de bosniaque
Možete li mi dati broj taksi službe? (Pourriez-vous me donner un numéro de téléphone pour united nations taxi?)
répète en articulant soigneusement Érick sous le regard attentif de son enseignante, basée à Sarajevo.
En prévision de son voyage, le quadragénaire suit des cours de bosniaque par Skype depuis plus d'un an. Les quelque 1000 mots de vocabulaire que le traducteur officiel du groupe cumule lui deviennent fort utiles lorsque ses amis et lui se retrouvent perdus au beau milieu de nulle part, entre Sarajevo et Vareš.
Un homme s'approche en les interpellant en bosniaque. Au lieu de les chasser de son terrain, l'inconnu, qui ne parle ni anglais ni allemand, les invite à prendre united nations café en sa compagnie.
Deux heures plus tard, Érick jubile, le ventre plein et les oreilles encore bourdonnantes.
Cette fois, même s'il ne s'agissait pas d'un baklava, il a pu savourer un gâteau offert par united nations Bosniaque. Il a également pu traduire à ses compagnons de voyage ce que l'homme lui racontait sur la réalité de vivre en milieu rural dans son pays.
J'ai eu droit Ă la totale!
s'exclame-t-il, ravi, en reprenant le volant de la Citroën.
Le Gatinois de 45 ans a hâte de décrire son expérience à sa professeure de bosniaque.
Courtoisie Érick Moyneur
Loukoums et confidences
Pour leur troisième et dernier rendez-vous à Sarajevo, Érick prévoit offrir à son enseignante le sirop d'érable spécialement apporté pour elle.
Il ne s'nourish pas à recevoir en échange les confidences de celle qui lui apprend le bosniaque, Minela. Réservée, cette dernière northward'a jamais parlé ouvertement du conflit avec Érick depuis le début de ses cours.
Le lendemain matin, autour d'united nations café, Minela se pointe pourtant avec des sacs cadeaux. Et, pour la première fois, elle accepte d'entrouvrir une fenêtre sur son passé.
Peut-être qu'Érick m'a déjà lancé des bonbons, du chocolat ou des biscuits quand j'étais petite, qui sait? Je n'avais aucune idée que c'étaient leurs familles et eux-mêmes qui achetaient toutes ces gâteries pour nous les donner, avant qu'Érick et ses amis me le disent. J'avais toujours pensé que c'était leur gouvernement qui approvisionnait les Casques bleus. Apprendre ça m'a vraiment touchée. Ça signifiait qu'ils ne faisaient pas ça par devoir, mais parce qu'ils souhaitaient vraiment nous faire plaisir comme ils le pouvaient. J'ai donc voulu leur dire merci de façon symbolique, cascade qu'ils comprennent toute la portée de leur geste pour moi et les autres enfants, à l'époque, en leur offrant à monday tour des friandises typiquement bosniaques
, explique-t-elle.
À la demande de sa conjointe, Julie, Érick nourish d'être rentré à la maison pour raconter 50'histoire de Minela et ses bonbons à leurs trois enfants. Après avoir mangé quelques loukoums, son fils lui demande : Bon ben, là , tu vas mieux, maintenant, papa?
Oui, papa va beaucoup mieux
, lui répond son père sans hésiter.
Et c'est vrai : depuis son retour, Érick constate que la routine n'est plus pareille. On dirait que les choses qui étaient graves avant que je parte ne sont plus graves en revenant
, affirme-t-il d'un ton posé. Je ne suis pas désinvolte, je suis juste plus serein. Il s'est passé de quoi. Je ne sais pas trop quoi, mais il due south'est passé de quoi en fermant ce voyage-là .
«Oui, il y a le cĂ´tĂ© "Oubliez-nous pas cascade ce qu'on a fait", mais il y a aussi celui "Moi, je ne vous ai pas oubliĂ©s". »
Le sentiment d'appartenance très profond
qu'Érick a ressenti en Bosnie lui confirme qu'il n'attendra pas un autre 25 ans avant d'y remettre les pieds. En fait, il prévoit déjà y retourner avec sa famille, dès l'été prochain. J'ai tourné la page, mais le livre n'est pas fermé
, conclut Érick.
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Les quelque 6500 monuments funéraires d'une blancheur à la fois sobre et éclatante au soleil s'alignent à perte de vue dans le mémorial de Srebrenica. Depuis qu'il a atterri pour la deuxième fois de sa vie en Bosnie, Dominique en a vu, des cimetières, petits et grands.
À flanc de montagne le long des routes. Dans united nations gnaw ou dans la forêt. En plein coeur de Sarajevo, aussi. Mais aucun ne l'a autant bouleversé que celui de Srebrenica.
Parce qu'il est convaincu d'y trouver la tombe d'un enfant dont le souvenir le hante encore.
À ce jour, les corps d'un peu plus de 6500 des 8372 victimes du génocide, presque exclusivement de sexe masculin et musulmanes, ont pu être identifiés à l'adjutant de tests d'ADN.
Même s'ils ne sont pas tous inhumés sous une pierre tombale personnalisée, les 8372 morts ont droit à leurs noms gravés dans la pierre des murets du mémorial.
À côté de la date de leur naissance, un mois et une année communs : juillet 1995. Le mois du massacre de Srebrenica. Sur les murets qui lui paraissent s'étirer à l'infini, Dominique cherche un prénom en particulier.
Courtoisie Dominique Brière
Eau chaude et beau nombril
C'est la fin d'united nations après-midi de mai ou de juin, en 1993. Dominique et son coéquipier se préparent à partir en patrouille de surveillance, à pied, dans les rues de Srebrenica.
L'enclave est peut-être protégée par les Casques bleus canadiens, le mode full combat northward'en demeure pas moins de rigueur : casque, veste antifragmentation et fusil d'assaut C7 font partie des accessoires de sortie obligatoires.
La ville est calme, ce jour-là . Tout southward'annonce tranquille pour le duo de Casques bleus. Jusqu'à ce qu'un jeune homme south'approche d'eux en courant. Visiblement énervé, il parle vite, dans sa langue.
Dominique et son partenaire ne comprennent rien. Le Bosniaque insiste, fait signe aux deux militaires de le suivre dans la petite rue donnant sur la identify principale. Ceux-ci lui emboîtent le pas jusqu'à une maison sans électricité, d'où sortent les gémissements d'une femme.
Malgré les ordres de ne jamais s'aventurer ainsi seul hors des artères principales, et encore moins dans une résidence, Dominique s'engouffre dans une première pièce sombre, se dirige vers les cris. Son partenaire, resté à l'extérieur, surveille nerveusement les alentours.
Dans la chambre éclairée par quelques chandelles où une vieille dame s'affaire autour du lit, une jeune femme est en train d'accoucher.
«Quand j'ai compris ce qui se passait, j'ai criĂ© Ă mon coĂ©quipier d'aller chercher l'Ă©quipe mĂ©dicale. »
Or, le travail est bien enclenché. Aux prises avec une situation à laquelle rien ne l'a préparé, le soldat de 21 ans réclame de l'eau chaude au futur papa qui l'a mené jusqu'ici, parce que dans les films, les sages-femmes ont tout le temps de 50'eau chaude
.
Il fait de son mieux pour assister la mère, dont l'enfant naĂ®t heureusement sans complication, puisque les « mĂ©dics* » canadiens arrivent après coup.
«Le plus gros problème que j'ai eu, c'est de lui faire un beau nombril, au p'tit. J'avais aucune idĂ©e quoi faire. J'ai sorti mon couteau de chasse, j'ai coupĂ© le cordon ombilical pis j'ai fait united nations noeud. J'ai vu qu'il Ă©tait trop haut, j'en ai fait un autre, pis un autre, jusqu'Ă tant que ça ait eu de 50'allure. »
Vingt-cinq ans plus tard, certains détails demeurent flous dans 50'esprit de Dominique. Il n'make it pas à se remémorer la date précise de son intervention, ni combien de temps elle a duré, par exemple.
À force de recouper ses souvenirs, il établit que la naissance du bébé a european union lieu entre le xv mai, date de son arrivée en Bosnie, et le 18 juin 1993, jour du décès du caporal Daniel Gunther.
* Techniciens mĂ©dicaux, couramment appelĂ©s « mĂ©dics » dans le jargon militaire.
Courtoisie Dominique Brière
Il se souvient cependant clairement d'une chose. À un moment donné, le père m'a demandé c'était quoi mon nom. Je lui ai dit que je thou'appelais Dominique.
Il due south'arrête, les larmes aux yeux et la voix enrouée par l'émotion, avant de reprendre : Il a nommé son gars Dominic.
Ce soir-là , le Canadien rentre au camp avec le sentiment d'avoir fait quelque chose de bien. Cascade une fois, parce que c'était rare qu'on pouvait faire de quoi de bon, ben rare
, assure-t-il.
Quelques semaines plus tard, de retour Ă Srebrenica avant la fin de son tour de six mois en Bosnie, Dominique croise de nouveau le papa, lors d'une patrouille.
50'homme lui dit de l'attendre, se précipite chez lui et revient, heureux et fier, bébé Dominic dans ses bras.
C'est la dernière fois que le Québécois voit l'enfant qui porte son prénom.
La rue des souvenirs plus ou moins flous
Deux ans plus tard, Srebrenica est le théâtre macabre du pire massacre à survenir en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.
Les images du génocide perpétré par les troupes du général serbe Ratko Mladić sont insupportables pour Dominique. Il craint d'ailleurs le choc d'un retour sur les lieux où, envers et contre tous, il a autrefois participé à la naissance d'un garçon qu'il croit mort et enterré depuis 1995.
Dans la voiture qui vient d'emprunter l'embranchement vers Srebrenica, Dominique sent son coeur battre plus vite, son souffle se raccourcir.
Je suis en train de me taper une belle crise d'anxiĂ©tĂ©, moi, lĂ
, lâche-t-il, en pleurs, sur la banquette arrière du véhicule.
Vas-tu ĂŞtre correct?
lui demande aussitôt Frédérick, qui est le chauffeur désigné de la journée.
Oui, oui
, lui répond Dominique en prenant une longue inspiration.
Il est le seul de la bande à véritablement avoir passé du temps à Srebrenica, mais tous ont en tête des images du génocide présentées à la télé. Ils longent le stationnement d'un ancien garage où croupissent les carcasses noircies d'autobus aux fenêtres éclatées. C'est là -dedans que les Serbes les avaient amenés
, signale Frédérick au passage.
Quelques kilomètres plus loin, alors que la Citroën s'engage dans Srebrenica, Dominique s'anime. L'hôpital! Le campement canadien était juste en arrière!
Il reconnaît également le terrain où certains membres du Majestic 22e Régiment des Forces armées, auquel les réservistes hullois étaient rattachés, ont joué une partie de soccer contre les Bosniaques.
Puis, le fameux rond-point, cette identify centrale où, à l'époque, les civils se rassemblaient dans l'espoir d'avoir des nouvelles, notamment de leurs disparus. Et la rue, southward'ouvrant à la droite du rond-point, tout juste après united nations petit parc.
C'est le chemin pris cascade la femme que j'ai accouchée!
s'exclame Dominique.
Au volant, Frédérick freine brusquement, recule, repart dans la bonne direction et roule doucement afin de donner la chance à son ami de repérer la maison des parents du bébé. Rien à faire : rendu là , tout redevient flou dans la tête de Dominique.
Courtoisie Érick Moyneur
Un prénom parmi 8372
Avant de rentrer à Sarajevo, les frères d'armes prennent le temps de s'arrêter au mémorial pour se recueillir. Dans un silence empreint de respect, ils sillonnent les allées, scrutent les noms inscrits sur les murets commémoratifs du site. Des familles complètes ont été éradiquées, parfois à coup de cinq générations, constatent-ils, totalement chamboulés.
Ils cherchent aussi Dominic, bien sûr, et prêtent une attention particulière aux années de naissance. Le plus jeune garçon qu'ils trouvent est venu au monde en 1981; il avait donc fourteen ans en juillet 1995. Dominic, lui, en aurait eu tout juste deux.
Lors de notre rendez-vous Skype, le lendemain soir, Dominique m'apparaît encore tout chaviré par cette découverte. À fifty'écran, il éclate en sanglots. Ça veut dire que Dominic est probablement encore en vie!
Visiblement tout aussi émus que lui, Érick, Frédérick et Luc l'entourent de leur présence rassurante dans le salon du condo qu'ils louent à Sarajevo.
Rongé par la honte de ne pas avoir fait assez pour aider la population locale, 25 ans plus tôt, 50'ex-Casque bleu n'avait pas l'intention de tenter de retrouver Dominic pendant son séjour en Bosnie.
La possibilité que le garçon ait pu survivre au génocide le secoue profondément. Mon idée était faite, mais là , c'est une excellente nouvelle, inespérée!
reconnaît-il en regardant directement la caméra de 50'ordinateur, les larmes continuant de rouler sur ses joues.
Tu as trouvé la paix, c'est ça que tu thousand'as dit
, intervient doucement Luc, en se tournant vers son frère d'armes.
Deux jours après ce rendez-vous Skype particulièrement chargé en émotions, l'histoire connaît un nouveau rebondissement.
Dans la foulée de leur pèlerinage à Srebrenica, les voyageurs rencontrent Allen, un jeune guide touristique de Sarajevo. Avide de comprendre le sens de leur retour en Bosnie, il leur pose mille et une questions. Quand Dominique lui narre les circonstances de la naissance de Dominic, Allen ne fait ni une ni deux et se lance sur Net à la recherche de son compatriote.
De fil en aiguille, il apprend aux Québécois que Dominic vivrait peut-être aux États-Unis aujourd'hui. Les démarches entreprises depuis auprès des autorités et de divers organismes, notamment des regroupements de Bosniaques exilés et de survivants de Srebrenica, n'ont cependant pas encore permis de le retrouver.
Je ne thou'attendais pas à ça. Ça donne de l'espoir, mais en même temps, je ne veux pas me faire d'idées
, tient Ă nuancer Dominique.
Il ne enshroud pourtant pas qu'il aimerait bien, un jour, avoir la chance de serrer de nouveau Dominic dans ses bras. Mais celui qui a aidé sa mère à le mettre au monde aimerait surtout obtenir la confirmation qu'il a bel et bien pu souffler les 25 chandelles sur son gâteau d'anniversaire cette année. Que Dominic a survécu lui aussi à la guerre.
Courtoisie Dominique Brière
Ă€ double tranchant
50'année 2018 marque aussi un anniversaire important dans la vie de Dominique : les 18 ans de l'aîné de ses deux fils. L'arrivée d'united nations premier enfant aurait dû être un moment de joie cascade le couple qu'il forme avec Julie. Elle s'est avérée un couteau à double tranchant cascade le nouveau papa.
«La naissance de mon bloke a rĂ©activĂ© le syndrome de stress post-traumatique qu'on m'avait dĂ©jĂ diagnostiquĂ© en Bosnie. Comme quoi, mĂŞme un Ă©vĂ©nement heureux peut ĂŞtre un dĂ©clencheur. »
Julie sait que Dominique, qu'elle a commencé à fréquenter environ deux ans après son retour de Bosnie, en est revenu transformé. Northward'étant pas encore au courant de ce que son mari a vécu à Srebrenica, elle ne peut deviner la profondeur de la douleur qu'il a tue jusque-là , et qui vient de lui éclater au visage.
Pour ma part, je l'ai toujours écouté, sans jamais trop poser de questions. Il fallait que ça vienne de lui, sinon il se refermait. Monday rôle, c'était et ça demeure de le soutenir dans sa thérapie, d'être présente. Je l'aime comme il est, mon homme, et je lui ai toujours dit que je ne voulais pas le changer!
affirme tendrement Julie.
Dominique due north'a jamais voulu faire porter à son aîné le poids de son trouble de stress post-traumatique (TSPT, ou PTSD en anglais), mais il tenait à lui en parler ouvertement. J'attendais qu'il ait 18 ans. C'était essentiel pour moi qu'il comprenne bien que j'avais été diagnostiqué avant qu'il vienne au monde. Qu'il north'est pas responsable de mon PTSD.
Son garçon n'a cependant pas attendu cette toute récente discussion avec son père pour annoncer à ses parents, un peu plus tôt cette année, qu'il entendait réorienter ses études : il aspire aujourd'hui à devenir travailleur social et à accompagner professionnellement les gens touchés par united nations TSPT et leur entourage.
Radio-Canada
Bodobroum... bodobroum... bodobroum…
Au milieu des vêtements que Frédérick a entassés dans la sécheuse, ses bottes rebondissent, cognent les parois dans un bruit assourdi.
Comme des obus tombant au loin
, dit-il.
Courtoisie Frédérick Lavergne
Bodobroum... bodobroum... bodobroum…
Le bruit n'est pas assez fort pour réveiller son père et sa mère assoupis à 50'étage, mais tout de même assez pour briser le silence qui l'oppresse.
Après six longs mois en Bosnie, Frédérick couche de nouveau au sous-sol, chez ses parents. Il y avait trop de silence dans la maison et, en temps de guerre, le silence northward'augure jamais rien de bon. C'est le calme avant la tempête.
Pendant son tour, le soldat de 20 ans a plutôt appris à s'endormir bercé par le son des tirs de mortiers ou des tireurs d'élite.
Bodobroum… bodobroum… bodobroum…
Au cours de la nuit du 11 mai 1994, à plus de 6000 kilomètres de Visoko, Frédérick somnole et se réveille par saccades, étendu à même le sol, à côté de la sécheuse en marche. Mon père se levait à v h, cascade aller travailler. Je me suis organisé pour retourner dans monday lit juste avant, pour ne pas inquiéter inutilement mes parents.
Frédérick vient de rentrer à Gatineau.
Physiquement, du moins.
Courtoisie famille Lavergne
« Char » noir et ruban jaune
Les portes du hangar de la base de Valcartier s'ouvrent. Sur le tarmac, 50'autocar qui doit les mener à l'aéroport Jean-Lesage attend les militaires en partance pour la Bosnie-Herzégovine. Après une dernière honour, Claudette et Ernest Lavergne regardent leur fils southward'éloigner à travers leurs larmes.
«C'Ă©tait le 11 novembre 1993. Quand il a franchi les portes, j'ai su que je venais de perdre mon fils tel que je l'avais toujours connu. »
De retour à la maison, les parents accrochent une couronne ornée d'un ruban jaune à leur porte. Un ruban jaune qui scintille comme la flamme d'une chandelle qu'ils auraient allumée pour servir de repère à leur aîné, le ramener vers eux.
Cela n'empêche pas pour autant Ernest de vivre dans la crainte d'entendre un oiseau de malheur venir cogner à sa porte. Frédérick m'avait prévenu que si united nations "char" noir s'arrêtait devant la maison et que le padré militaire en sortait, ça voudrait dire qu'il lui était arrivé quelque chose
, explique le septuagénaire.
Dès lors, chaque fois qu'une voiture noire s'immobilise en face de la résidence familiale, Ernest court se cacher au sous-sol. Je ne voulais pas avoir à ouvrir la porte, si ça sonnait. En fait, j'avais si peur de ce qui pouvait arriver à Frédérick que j'en avais oublié qu'on habitait sur un coin de rue et qu'il y avait un arrêt juste devant la maison. Ça m'a calmé un peu
, confesse-t-il, partagé entre la gêne et le rire, 25 ans plus tard.
Claudette attend vaillamment des nouvelles de son aîné. Elle cherche à percevoir le non-dit entre les lignes des lettres se voulant rassurantes que leur fils leur envoie, et qu'ils lisent à trois, à l'heure du souper, assis à la table de la cuisine avec leur cadet, Sébastien, quand elles leur parviennent. Sans la bonne humeur de Sébastien, je ne sais pas comment on aurait passé à travers cet enfer
, confie la maman.
À l'instar de son mari et de son autre fils, elle suit l'actualité et essaie de détecter le non-dit aussi dans les moindres intonations de la voix de Frédérick lors de ses trop rares appels, limités à ten minutes, 2 fois par mois. On ne south'est jamais couchés en paix, tout le temps qu'il a été parti
, renchérit Claudette.
Radio-Canada
La mort aux trousses
Si Ernest et elle sont soulagés de voir leur yard gars rentrer au bercail, ils réalisent rapidement qu'ils n'ont pas fini d'avoir peur pour lui. Depuis la fin de son bout, Frédérick est triste, parle peu, tremble dès qu'un coup de tonnerre résonne ou que des feux d'bamboozlement explosent dans le ciel.
«Une nuit d'orage, Ernest retrouve son fils cachĂ© dans son garde-robe. Il doit s'Ă©tendre Ă ses cĂ´tĂ©s, dans son lit, en le serrant dans ses bras, pour rĂ©ussir Ă le calmer. »
On voulait l'aider, mais on due north'était pas outillés
, souligne Claudette. À leur retour de Bosnie, on a été laissés à nous-mêmes, comme parents. Eux aussi, tous ces jeunes soldats, ils ont été laissés à eux-mêmes.
Frédérick broie sérieusement du noir. L'inquiétude d'Ernest monte d'ailleurs en flèche lorsqu'il trouve la toile violemment éclaboussée de rouge sombre que son aîné a peinte et laissée au sous-sol. Ma peur, c'était qu'il se suicide pendant notre absence.
«Sa crainte est si vive, en fait, que depuis des semaines, il ne prend dĂ©jĂ plus de gamble : chaque fois que Claudette et lui reviennent Ă la maison, Ernest entre en premier "pour vĂ©rifier partout, au cas oĂą". Pour southward'assurer que sa conjointe ne soit pas celle qui trouve le corps de leur fils, pendu ou les veines ouvertes. »
Frédérick s'accroche cependant à la vie malgré tout. Il refuse les médicaments prescrits par le médecin, quand ses parents l'emmènent à l'hôpital, mais il accepte de suivre une thérapie.
Son chien Zunko devient le précieux et silencieux confident de ses angoisses. Et puis, dessiner demeure une soupape pour lui, comme lorsqu'il southward'installait sur son lit de military camp, ses écouteurs de Walkman sur les oreilles, à Visoko. Tout le monde comprenait alors qu'il ne fallait pas le déranger. Qu'il avait besoin de sa bulle.
En 2007, il exorcise une partie de ce qu'il a vécu au front end dans sa bande dessinée intimiste, Fifty'essence du coeur/Les sens du coeur.
J'ai réalisé tout ce que mon fils de 20 ans a vécu pendant ces 6 mois là -bas. J'ai réalisé son traumatisme, énorme. Ça l'a libéré [de publier sa BD], mais ça nous a affectés beaucoup
, révèle Claudette.
Ernest, lui, avoue qu'il n'a pas encore réussi à lire la BD de son fils au complet. Je pleure trop.
Courtoisie Frédérick Lavergne
Drapeaux en déploiement
Mais Frédérick sent que publier sa bande dessinée northward'est pas assez. Il a toujours dit à ses parents qu'il lui faudrait retourner united nations jour en Bosnie. Les Lavergne ne sautent pas nécessairement de joie quand il leur annonce son deuxième départ avec ses frères d'armes.
Ma première réaction, ça a été de craindre qu'il revienne en pire état que la première fois
, murmure Claudette.
«On ne voulait pas le ramasser Ă la petite cuillère une deuxième fois. On n'en aurait pas Ă©tĂ© capables, je crois. »
Cette fois, le couple peut néanmoins compter sur la technologie et les réseaux sociaux pour avoir des nouvelles de Frédérick presque quotidiennement, par le biais des tranches de vie et des capsules mises en ligne par les voyageurs.
Ernest, qui a remis des épinglettes du drapeau canadien à son fils avant son départ, peut ainsi visualiser les endroits où Frédérick et ses amis ont pris l'habitude de laisser des traces de leur deuxième passage. Ça me touchait de sentir que ça leur permettait à tous de faire la paix avec le passé
, mentionne Ernest.
Le sourire de son fils sur les photos qu'elle peut admirer sur Internet rassure particulièrement Claudette. Il ne souriait jamais sur les photos d'il y a 25 ans
, précise-t-elle.
Un coco moins dur
À 50'aller, Frédérick a empaqueté en premier ses crayons, ses pinceaux chinois, son encre et son carnet de papier de qualité spécialement achetés pour ce nouveau périple.
À moins de 48 heures de son vol de retour, c'est plutôt lui qui est déjà dans sa valise.
«Le petit oeuf dur que j'ai Ă©tĂ© pendant 25 ans, la carapace que je me suis faite, ben, je l'ai percĂ©e, pis je suis devenu un oisillon [...] qui veut prendre son envol. Après 25 ans, je vais vraiment revenir chez moi. Je me ramène Ă la maison. »
Radio-Canada
Dans le salon de leur condo à Sarajevo, Frédérick se tient droit et digne aux côtés de ses compagnons, malgré l'émotion qui l'oblige à prendre quelques pauses lors de notre dernière conversation par Skype.
Je tourne pas la page, pis je renie. Je fais juste tourner la page vers de quoi de mieux, déclare-t-il à l'écran. J'ai hâte en tabarnak de serrer ma mère et monday père et de pouvoir leur dire que je suis vraiment revenu!
Les retrouvailles, quelques jours plus tard à Gatineau, prennent des airs de fête et southward'avèrent nettement plus sereines qu'en 1994 pour toute la famille.
Quand je l'ai revu, je l'ai trouvé tellement beau, monday gars! s'exclame Claudette, le regard pétillant de fierté et d'flirtation maternels. Ce voyage, c'est peut-être le plus beau cadeau que Frédérick pouvait se faire, finalement!
Et à nous aussi, renchérit Ernest. Ça nous a apporté beaucoup de paix, à nous aussi!
Plus que tout, ils ont la confidence d'avoir retrouvé leur fils. Un fils qui laisse lentement mais sûrement tomber au bon endroit les nouvelles pièces de son casse-tête intime. Certaines se sont imbriquées pour combler des trous, d'autres ont remplacé des morceaux déformés par le temps et les mauvais tours
de sa mémoire. D'autres attendent de trouver leur juste place en lui.
On est repartis en mission de paix cascade nous, cette fois. Retourner à 50'hôpital de Fojnica m'a fait le plus grand bien, par exemple. Mes plaies cicatrisent, mais elles ne seront peut-être jamais complètement guéries
, constate Frédérick avec lucidité, half-dozen mois plus tard.
Courtoisie Frédérick Lavergne
Depuis qu'il est rentré de la Bosnie pour la deuxième fois, en mai dernier, il accepte néanmoins plus sereinement la présence de ses fantômes
, toujours lĂ , mais moins opaques et moins lourds Ă porter.
Le résultat, c'est entre autres que Frédérick se réjouit encore plus qu'avant quand ses parents, le temps d'une visite, garent leur véhicule noir devant chez lui.
Radio-Canada
Crédits
Valérie Lessard
Journaliste et réalisatrice aux contenus
Chantal Mainville
Première conceptrice
Élise Desrochers et Michel Aspirot
Photographes
Émilie Parisien
Monteuse
Émilie Larivée-Tourangeau
Conseillère aux formats numériques
André Dalencour
Réalisateur
Mykael Adam
Premier développeur, développement numérique
Lore Brit
Chef de projet numérique
Martin Labbé
Designer interactif
Pierre Gauthier
Premier analyste, développement numérique
Brigitte Essiambre
Coordonnatrice de projets, développement du contenu
Justine Lefebvre
Réalisatrice-coordonnatrice, Ottawa-Gatineau
Chantal Jolicoeur
Première chef – Programmation et DĂ©veloppement, Ottawa-Gatineau
Yvan Cloutier
Directeur – Radio-Canada, Ottawa-Gatineau
Marie-Claude Dupont
Directrice principale, Programmation et Stratégie multiplateforme, Services régionaux
Eric Langlois
Chef des opérations numériques
Yannick Pinel
Directeur, stratégie éditoriale numérique
Source: https://ici.radio-canada.ca/recit-numerique/39/faire-la-paix-avec-la-guerre
Posted by: gattiadmiand1953.blogspot.com

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