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Chose Que L On Retourne 94

La carte montre comment les Croates, les Serbes, les Musulmans cohabitaient de manière complexe sur le territoire.

Radio-Canada

Je m'appelle ValĂ©rie. En 1993, j'avais 22 ans et j'entamais ma carrière de journaliste. La mĂŞme annĂ©e oĂą cinq gars d'environ mon âge, FrĂ©dĂ©rick, Dominique, Érick, SĂ©bastien et Luc, Ă©taient dĂ©ployĂ©s en ex-Yougoslavie comme Casques bleus.

J'aurais voulu être correspondante à l'étranger pour témoigner de cette guerre qui me bouleversait. Eux, ils fifty'ont vécue, dans toute son horreur. Et ils en sont rentrés profondément marqués, changés à vie.

Les cinq frères d'armes sont retournés en Bosnie au printemps dernier, dans l'espoir d'en revenir une fois pour toutes. J'ai fait le voyage avec eux, grâce à leur confiance et à leurs confidences, avant, pendant et après. Ensemble, au cours des huit derniers mois, nous avons souvent ri. Et tout autant pleuré.

En 25 ans de mĂ©tier, j'ai eu le privilège d'en raconter, des histoires poignantes. Mais jamais comme les leurs.

Deux râteaux, une tête de mort sur fond de gazon

Radio-Canada

Dans un parc de Sarajevo, un homme regarde la pelouse southward'Ă©talant devant lui. Il entend les oiseaux qui chantent, les enfants qui jouent au loin. L'endroit est grouillant de vie et paisible Ă  la fois, mais c'est plus fort que lui : il a peur de poser le pied dans 50'herbe. Prisonnier de son passĂ©.

Dominique, 46 ans, est un ancien Casque bleu canadien envoyĂ© en Bosnie il y a 25 ans. En compagnie de quatre de ses frères d'armes, il a dĂ©cidĂ© de revenir pour exorciser ses fantĂ´mes.

Tondre le gazon. Marcher dans 50'herbe. Ces gestes, Dominique les a faits mille fois. Or, Ă  cet instant prĂ©cis du 23 avril 2018, il reste plantĂ© lĂ , Ă  fifty'entrĂ©e du parc oĂą il comptait s'installer cascade appeler ses parents. Sa tĂŞte sait qu'il n'y a pas de danger Ă  quitter l'allĂ©e asphaltĂ©e. Son corps, lui, refuse carrĂ©ment de lui laisser prendre le risque.

J'ai comme arrêté... Y avait plein de gens dans le gazon, dans le parc, pis tout ça! Mais j'ai reviré de bord, j'ai continué dans le chemin. J'ai pas été capable de mettre le pied sur le gazon , raconte Dominique.

Il marque une pause. Une petite seconde suspendue dans l'espace-temps, comme son pied, la veille.

Ça te donne une idée, quand même, comment on reste marqués , laisse-t-il tomber.

Bienvenue Ă  Sarajevo. Prise two.

Un fond bleu marine avec de la texture

Radio-Canada

Conditionnement physique

Ensemble, Érick, Dominique, Frédérick, Luc et Sébastien découvrent cette Bosnie qui les habite pourtant depuis united nations quart de siècle.

Ils superposent de nouvelles images sur les anciennes, sans cascade autant vouloir ou pouvoir effacer totalement ces dernières.

Un constat s'impose : depuis leur retour en Bosnie, les anciens Casques bleus reproduisent inconsciemment des comportements apparus Ă  l'entraĂ®nement et pendant leurs « tours », c'est-Ă -dire leur dĂ©ploiement de six mois.

Érick et FrĂ©dĂ©rick ont beau avoir troquĂ© les commandes de leur Cougar, le vĂ©hicule blindĂ© qu'ils conduisaient Ă  l'Ă©poque, pour le volant d'une CitroĂ«n, ils ont gardĂ© certaines habitudes d'il y a 25 ans, comme d'Ă©viter les bouches d'Ă©gout potentiellement piĂ©gĂ©es, de freiner Ă  la dernière minute et de tourner sec pour confondre l'adversaire, Ă©numère Dominique.

Disons que je me fais brasser pas mal, à fifty'arrière du véhicule, comme passager , lance ce dernier d'un ton moqueur.

S'ils ne craignent plus de se faire prendre pour cible (ou sheller, comme ils disent dans leur jargon) sur Sniper Aisle et ne roulent plus le pied au plancher sur les routes du pays, les gars northward'arrivent toujours pas à sortir des sentiers battus quand ils débarquent de leur véhicule.

Ça nous tente pas de piler dans le gazon , commente Érick.

On due north'est pas capables de sortir des pistes. On sait que c'est correct. On sait que c'est dĂ©minĂ© presque partout. Mais… , ajoute FrĂ©dĂ©rick.

À la petite cuillère

Mais Érick se souvient justement encore de la première fois qu'il a vraiment eu peur après son atterrissage Ă  Sarajevo, en mai 1993. Il se souvient de sa prise de conscience fulgurante, assis Ă  fifty'arrière du deux-tonnes devant le mener au military camp canadien, qu'il pouvait y mourir, Ă  tout juste 19 ans.

Quand on passe le checkpoint, je vois le soldat bosniaque ou croate ou serbe qui tasse les mines avec ses pieds. C'est ces mines-là qu'on avait étudiées avant de partir. Quand tu la vois en vrai, c'est comme pas pareil. [...] C'est plus juste des balles à blanc, faire des mesures de sécurité pour le fun. C'était pour vrai.

Ça a d'ailleurs Ă©tĂ© cruellement vrai pour leur camarade Daniel Gunther. Le caporal de 24 ans a Ă©tĂ© tuĂ© le xviii juin 1993, quand un missile antichar s'est abattu sur son vĂ©hicule blindĂ©. Il venait de prendre position au poste d'observation Ă©tabli non loin du military camp de base canadien de Visoko.

« On en a ramassĂ©, des frères d'armes, Ă  la petite cuillère. Dans tous les sens du terme. », affirme Dominique Brière.

Radio-Canada

Ce jour fatidique là, Dominique a ensuite dû prendre la relève de son confrère défunt audit poste d'ascertainment.

Des six heures de surveillance que j'ai passées là, j'ai gardé zéro souvenir. C'est le noir total , révèle-t-il d'une voix rendue rauque par fifty'émotion.

En prĂ©vision de leur retour sur les lieux, Érick a nĂ©anmoins pris soin d'entrer dans son GPS les coordonnĂ©es de l'endroit oĂą leur camarade est mort. Un arrĂŞt est prĂ©vu, pendant le trajet de la fameuse « run Vis-Kis » reliant Visoko et Kiseljak, cascade que les voyageurs rendent hommage Ă  Daniel Gunther.

Contre toute attente, Érick, Dominique, Frédérick, Luc et Sébastien trouvent sur place un mémorial rappelant la mort du caporal.

Aussi Ă©mus que surpris, les cinq hommes northward'hĂ©sitent pas une seconde Ă  arracher Ă  pleines mains les herbes folles qui ont envahi 50'espace clĂ´turĂ© autour de la stèle Ă©rigĂ©e Ă  la mĂ©moire du Canadien, devant laquelle « brĂ»le » united nations lampion Ă  piles.

«Le eleven novembre, ça revient Ă  chaque annĂ©e. On va tout le temps se recueillir au cĂ©notaphe Ă  Ottawa, pis, oui, tu repenses Ă  certaines choses. Mais Ă  ce moment-lĂ , Ă  cette place-lĂ , avec la pierre, avec son nom, je pense que le "Je me souviens" a pris tout son sens. [...] Ce recueillement-lĂ , entre frères d'armes, devant un autre frère d'armes tombĂ©, ça prend tout son sens, sa valeur. »

On peut voir les pieds d'Érick, Dominique, Frédérick, Luc et Sébastien qui forment un cercle au milieu duquel est dessiné le chiffre 25 dans la poussière.

Courtoisie Frédérick Lavergne

Le cercle

Si ces deux minutes de silence reprĂ©sentent un moment marquant pour eux, elles surviennent après plusieurs autres passĂ©es dans la poussière du stationnement de leur ancien army camp de base, Ă  Visoko. La mĂŞme poussière qu'il y a 25 ans.

Érick, Dominique, Frédérick, Luc et Sébastien rigolent comme des gamins, se coupent fébrilement la parole, dans une surenchère de détails, d'anecdotes et de souvenirs teintés de joie et d'une certaine sérénité.

Les cinq anciens rĂ©servistes du RĂ©giment de Hull sont de retour Ă  la « maison ».

Leurs pieds formant un cercle autour du chiffre 25 inscrit dans le sable, ils tiennent la pose. Cette photo due south'avère aux yeux de tous la plus significative de leur pĂ©riple.

C'est là qu'on s'est rejoints, qu'on south'est vraiment retrouvés. Ça a été un moment libérateur , soutient Érick.

À ses côtés, Dominique, Frédérick et Luc opinent vigoureusement de la tête en signe d'beatitude.

«Ă‡a m'a pris 25 minutes Ă  dĂ©cider de partir... Ça fait 25 ans que je reviens. »

J'aurais pu reprendre l'avion le lendemain et j'aurais été satisfait , ajoute Érick.

Pour Sébastien, cette photograph témoigne de l'camaraderie de camaraderie avec lequel il avait besoin de renouer pour trouver le courage de les rejoindre là-bas. Il n'était cependant pas prêt à plus que l'équivalent d'une fin de semaine de réserve , c'est-à-dire deux jours, comme dans le temps.

Sans y penser, on a reproduit le cercle qu'on formait toujours avec nos véhicules en rentrant d'une mission pour se voir, s'assurer que tout le monde était correct. On a couvert tous nos angles. Ça avait quelque chose de réconfortant , detect avec le recul celui qui, par ce premier pas, a entrepris le ménage de ses tiroirs.

Mine de rien

Luc, qui salivait à la seule évocation de l'odeur du hurting frais livré tous les matins par le boulanger de Visoko, a senti les effluves du passé lui sauter aux narines en retournant sur les lieux, et ce, même si la boulangerie n'existe plus.

«FrĂ©dĂ©rick a la chair de poule en me dĂ©crivant les cris des enfants s'amusant dans les rues de Sarajevo oĂą, auparavant, ils n'avaient vu que des gens courir pour Ă©chapper aux balles des tireurs d'Ă©lite embusquĂ©s. »

La soirée débute en Bosnie. Les gars sont rentrés au condo qui leur sert aujourd'hui de quartier général. L'heure d'united nations rendez-vous par Skype a sonné.

Cascade l'instant, faut vraiment que ça reste entre nous , préviennent-ils en choeur, le rire nerveux, lorsque je leur demande si l'un d'eux a réussi à marcher dans le gazon.

C'est parce qu'à la recherche d'un des endroits symboliques où Frédérick a déjà patrouillé, à la sortie de Visoko, ils ont osé s'aventurer hors piste.

Autour des fondations de la maison en ruines, ils n'ont pas remarquĂ© les panneaux rouges tordus, face contre terre : c'Ă©tait la deuxième fois que les QuĂ©bĂ©cois se retrouvaient sans le vouloir en terrain minĂ©.

Ils se sont assurés de revenir sur leurs pas, littéralement, fifty'asphalte rassurant dans leur mire.

À quelques centaines de mètres de là, un vieil homme sarclait tranquillement son jardin, son râteau à la main.

Un carosse et des morceaux de ruban adhésif

Radio-Canada

Dans un corridor, les Casques bleus se mettent à quatre pour décoincer une porte.

De l'autre côté, quelque chose de lourd les empêche d'entrer dans la chambre.

Ils appuient de tout leur poids sur la cloison, parviennent Ă  repousser ce qui obstruait leur passage.

Frédérick découvre alors avec horreur une demi-douzaine d'adultes émaciés, les yeux hagards, ainsi que les cinq corps empilés pêle-mêle qui bloquaient la porte.

Et les marques que ces derniers y ont laissées dans le bois, du bout de leurs doigts.

Des marques d'ongles qui témoignent cruellement de leurs tentatives désespérées et vaines de sortir de leur chambre, cadenassée de fifty'extérieur.

Un fond de couleur.

Radio-Canada

Dans une version prĂ©cĂ©dente, nous Ă©crivions en surimpression que cet extrait du TĂ©lĂ©journal datait de novembre 1993. Or, l'opĂ©ration relatĂ©e par CĂ©line Galipeau avait Ă©tĂ© menĂ©e par une patrouille du Imperial 22e RĂ©giment, en juillet 1993, soit quatre mois plus tĂ´t. La surimpression et le texte ont Ă©tĂ© modifiĂ©s par souci d'exactitude et de clartĂ©.

Le personnel a dĂ©sertĂ© l'hĂ´pital de Fojnica devant fifty'avancĂ©e des Serbes, abandonnant la directrice, une infirmière et quelque 250 handicapĂ©s physiques et mentaux, majoritairement des enfants, Ă  leur sort.

Ce sont cependant les odeurs qui assaillent Frédérick en premier à son arrivée sur place, lorsque les Canadiens y sont de nouveau envoyés en renfort, en novembre 1993. Celle de la mort, mêlée aux effluves aigres de la sueur, du vomi, de l'urine et des excréments des survivants.

Les muqueuses de son nez, les papilles de sa langue et les pores de sa peau semblent se saturer de toutes ces odeurs prĂ©gnantes, sournoises, qui tapissent dĂ©jĂ  sa mĂ©moire. Son foulard remontĂ© sur le nez dans une vaine tentative de ne rien sentir, le soldat de 20 ans passe d'united nations Ă©tage Ă  l'autre, d'une chambre Ă  l'autre, pour participer au tri entre les vivants et les morts.

Fojnica, cascade moi, ça a Ă©tĂ© la première de tout : premier baptĂŞme de feu, première cigarette, premier contact avec la mort , affirme-t-il.

«Arriver Ă  50'hĂ´pital, on dirait que c'est irrĂ©el. On dirait qu'on ne croit pas Ă  ce qu'on voit, Ă  rentrer dans chacune des pièces, Ă  aller voir qui est vivant, qui est mort. Ceux qui sont morts, on les prend, on les sort, on les enveloppe dans des draps. Ă€ 50'Ă©poque, il y avait une grange sur les lieux. C'est lĂ  qu'on entreposait les corps des enfants qui Ă©taient morts avant qu'on aille faire les trous pour les enterrer. »

Pour déplacer les corps jusqu'à la grange, il utilise l'un des petits carrosses d'épicerie qui traînent à chaque étage.

Pendant quatre jours, Frédérick voit, touche, entend, goûte et sent la mort à Fojnica. Il la dessine aussi. Pour essayer de lui donner un sens.

« La mort vous laisse une goĂ»t très amer. Elle s'empare de vos papilles gustatives et y laisse une trace. Chaque sorte de mort Ă  son goĂ»t. »

Radio-Canada

Malgré tout, Frédérick y voit, touche, entend, goûte et sent l'espoir également.

Car les Canadiens prennent soin des survivants, cet hiver-lĂ , entre autres en les nourrissant, en leur distribuant des vĂŞtements chauds et en jouant avec eux.

Pour moi, c'est le plus gros symbole de ce que la mission était supposée d'être , affirme Frédérick.

La rumeur courtroom qu'un bébé a même été adopté par un haut gradé, mentionne-t-il en passant.

United nations bout de « tape » noir

Pour faciliter le travail des infirmiers et mĂ©decins canadiens auprès des plus jeunes patients, un lawmaking a vite Ă©tĂ© Ă©tabli Ă  l'arrivĂ©e des Casques bleus Ă  l'hĂ´pital : un morceau de ruban adhĂ©sif blanc signifie que fifty'enfant est hors de danger dans l'immĂ©diat; united nations morceau de ruban adhĂ©sif noir indique que le personnel mĂ©dical doit Ă©valuer fifty'Ă©tat de santĂ© du bambin ou confirmer son dĂ©cès, le cas Ă©chĂ©ant.

CollĂ© Ă  cĂ´tĂ© d'un petit garçon inanimĂ©, le bout de ruban noir laisse entrevoir le pire. 50'adjudant-maĂ®tre Denis Francis Trudel croit cependant voir bouger le poupon d'environ un an. Fifty'homme de 43 ans due south'empresse de trouver un bout de tissu et de 50'eau pour lui dĂ©crasser le nez, la bouche et les yeux encroĂ»tĂ©s d'avoir trop pleurĂ©. Au cas oĂą.

Quand j'ai european union fini de le débarbouiller, il a ouvert les yeux et il yard'a fait united nations grand sourire. Mon affection cascade Boris est née spontanément à ce moment précis , avoue le sexagénaire. Entre son regard rempli d'amour paternel et son sourire tremblant d'une émotion toujours aussi vive à évoquer cet instant où lui-même est revenu à la vie, confie-t-il, on croirait voir un arc-en-ciel s'étirer discrètement sur ses joues.

Denis Francis Trudel tient le petit Boris sur ses genoux, assis devant un lit pour bébé.

Courtoisie Denis Francis Trudel

Yogourt et Gravol

NĂ© le 12 novembre 1992, Boris vit Ă  50'hĂ´pital avec sa mère quand les militaires canadiens dĂ©barquent Ă  Fojnica. Victime collatĂ©rale de la guerre, Brenka avait pu y trouver refuge, environ deux ans plus tĂ´t, grâce Ă  une amie infirmière.

Elle devait aider à prendre soin des petits. C'était avant de découvrir qu'elle était enceinte. Or, Brenka peine à south'occuper de son bébé depuis sa naissance. À un an, Boris, qui due north'est pas handicapé, commence à se comporter comme les enfants qui l'entourent : il crie, grogne et ne marche pas, pas même à quatre pattes, notamment.

Denis Francis décide alors de le sortir de là et d'entreprendre des démarches pour l'adopter officiellement afin de le ramener au Canada à la fin de son tour.

Il obtient les papiers lĂ©gaux des autoritĂ©s bosniaques, la signature de Brenka et le feu vert du gouvernement canadien. Encore faut-il que le Casque bleu puisse faire quitter 50'hĂ´pital Ă  celui qu'il considère dĂ©jĂ  comme son fils. Première Ă©tape : l'amener chez l'enseignant bosniaque qui lui sert de traducteur et qui a acceptĂ© de garder le poupon parmi les siens jusqu'Ă  son dĂ©part cascade le Canada.

Au cours des semaines suivantes, Denis Francis tente Ă  deux reprises de contourner les postes de contrĂ´le serbes en traversant par la forĂŞt avec Boris, Ă  partir de Visoko. Il doit chaque fois rebrousser chemin bien avant d'avoir pu rejoindre la Croatie.

C'est united nations mĂ©decin qui, en avril 1994, propose la solution : père et fils quitteront la Bosnie en ambulance militaire canadienne. Les Serbes peuvent certes ouvrir les portes du vĂ©hicule aux barrages routiers, mais ils n'ont pas le droit de le fouiller.

On a endormi Boris en écrasant des Gravol dans son yogourt et on l'a caché derrière deux bonbonnes d'oxygène dans l'ambulance , précise Denis Francis.

Quant à lui, on le couche sur une civière pour faire croire à une blessure nécessitant son évacuation.

Au final, les Serbes laissent passer l'ambulance sans mĂŞme exiger de voir Ă  l'intĂ©rieur…

À Separate, en Croatie, Denis Francis doit ensuite faire semblant d'être united nations membre de l'équipage d'united nations avion militaire canadien pour traverser à Ancône, en Italie. Il doit y attraper un train vers Rome, d'où Boris pourra s'envoler vers Montréal et les bras de la soeur de son père. Pendant ce temps, Denis Francis retourne en Bosnie pour les deux dernières semaines de son tour.

Boris est souriant et porte le béret des Casques bleus de son père adoptif.

Courtoisie Denis Francis Trudel

«Monday père m'a sauvĂ© la vie! »

Denis Francis et son fils Boris, qui porte son uniforme de capitaine des Forces armées canadienne, sont debout côte à côte.

Radio-Canada

L'ingénieur en informatique, qui est aussi capitaine dans les Forces armées canadiennes, a toujours su qu'il avait été adopté. Ce n'est cependant que dans les mois précédant leur retour ensemble en Bosnie, à l'été 2017, que son père lui a raconté les détails de son histoire.

«En grandissant, je n'avais pas vraiment cherchĂ© Ă  en savoir plus, de toute façon. Ma famille, c'est celle qui grand'a vu grandir, celle que j'ai toujours connue, puisque je n'ai pas vraiment souvenir de ma mère biologique ni de la Bosnie. »

Due south'il ne reconnaît ni les lieux ni les gens qu'il rencontre, le petit Boriša devenu grand est néanmoins reconnu par Charlotte, la femme de l'ancien traducteur de son père, et leurs enfants, que Denis Francis a retrouvés, à Visoko.

Revenus en poste depuis la fin de la guerre, des employés de l'hôpital de Fojnica se souviennent également de lui et de son père lors de leur visite. Sur un tableau d'honneur rappelant l'intervention des soldats canadiens sont affichées des photos sur lesquelles il est d'ailleurs possible de voir Boris bébé et Denis Francis.

Quant à Brenka, elle est toujours en vie, ont-ils appris pendant leur séjour. Boris est rentré au Canada avec les coordonnées de sa mère, sans cascade autant avoir cherché à la revoir. Ce sera cascade united nations autre voyage, peut-être , explique-t-il sobrement.

Frédérick Lavergne croise son double d'il y a 25 ans dans une rampe d'accès à un étage supérieur de l'hôpital de Fojnica.

Courtoisie Frédérick Lavergne

Fantômes à la croisée des chemins

Vendredi twenty avril 2018. Dans la CitroĂ«n louĂ©e par les frères d'armes, une certaine tension devient palpable Ă  l'approche de Fojnica. FrĂ©dĂ©rick, Érick et Dominique ne savent pas Ă  quoi s'attendre, quand ils aperçoivent enfin le petit pont qu'ils traversaient autrefois en char blindĂ© pour accĂ©der Ă  l'hĂ´pital.

L'édifice, qu'ils croyaient détruit, se révèle entièrement rénové devant eux. Leur visite d'une heure représente un premier arrêt des plus intenses sur le plan émotif, lors de leur propre retour en Bosnie.

Si FrĂ©dĂ©rick est revenu particulièrement Ă©branlĂ© de Fojnica, c'est aussi parce qu'il y a croisĂ© le jeune homme de twenty ans qu'il Ă©tait et y avait laissĂ©, 25 ans plus tĂ´t.

Ce vendredi-là, il a décidé de le ramener avec lui. Une fois cascade toutes.

Deux silhouettes de main, une d'enfant et une d'adulte, accompagnés de dessins de friandises et d'un alphabet.

Radio-Canada

Depuis qu'elle joue dehors avec son petit frère de cinq ans et leur bande de copains, Minela est aux aguets. Lorsque la fillette de 10 ans entend les vrombissements puissants des chars blindĂ©s qui s'approchent, elle se met Ă  courir, le coeur battant, et le plus vite que ses jambes le lui permettent.

Tous les jeunes sprintent dans la mĂŞme direction. Ils savent qu'ils ont une dizaine de minutes, maximum, cascade prendre position.

Minela ne fuit pas. Au contraire, si elle go far la première au bord de la route, au moment où le convoi traversera son village, situé entre Sarajevo et Mostar, elle augmente ses chances d'attraper au vol fifty'une des précieuses barres de chocolat que les plavi šljemovi (Casques bleus, en bosniaque) pourraient lui lancer aujourd'hui.

La première fois qu'un convoi est passĂ© près de la maison, nous nous sommes contentĂ©s d'observer, rapporte Minela, aujourd'hui trentenaire et jointe par Skype Ă  Sarajevo. Quelques soldats nous ont saluĂ©s, et c'est comme si, tout Ă  coup, nous rĂ©alisions que quelqu'un se souciait de notre sort! Les fois suivantes, certains d'entre eux nous ont lancĂ© des bonbons en nous souriant. Ils ne le faisaient pas Ă  tous les coups, mais quand ils le faisaient, c'Ă©tait comme une fĂŞte. Pour nous, ces sourires et ces bonbons reprĂ©sentaient ce que nous n'avions pas, durant la guerre : l'espoir.

Érick regarde les enfants s'agglutiner, les yeux avides, le long de la route. Le réserviste canadien plonge la main dans le sac sur la banquette du camion dans lequel il prend exceptionnellement place côté passager, ce jour-là. À sa demande, ses parents lui ont acheminé des bonbons, qu'il lance par la fenêtre ouverte. Une petite fille se précipite pour cueillir les friandises, mains tendues et large sourire aux lèvres.

On ne parlait pas la même langue, pis de toute façon, on avait rarement fifty'occasion de jaser avec les gens. Ces bonbons étaient devenus une façon de leur dire qu'on était là pour eux.

Sur la photo, on peut voir qu'Érick Moyneur paraît très jeune. Il est âgé de 19 ans.

Radio-Canada

Avenirs à géométrie variable

Quand il lève la main pour partir en Bosnie en 1993, Érick ne sait même pas où se situe la Beauce sur une menu du Québec, admet-il sans gêne.

Le Gatinois de nineteen ans est convaincu que son professeur de mathĂ©matiques de cinquième secondaire l'a fait passer par charitĂ© et il vient de dĂ©crocher cascade la troisième fois en trois sessions depuis son entrĂ©e au cĂ©gep.

Or, Érick subit un vĂ©ritable Ă©lectrochoc quand il rencontre des jeunes de 16, 17 ans, au military camp de base canadien de Visoko. L'occasion Ă©tant rare, il veut tout savoir, notamment ce qui leur manque le plus, depuis le dĂ©but du conflit. Baragouinant en anglais eux aussi, les adolescents bosniaques disent s'ennuyer de l'Ă©cole.

Devant l'air ahuri du militaire juché sur son Cougar, ils lui font comprendre que sans diplôme, ils n'ont aucune chance d'être acceptés comme réfugiés en France ou en Allemagne.

«Ce jour-lĂ , j'ai compris que, pour eux, ĂŞtre Ă©duquĂ©s Ă©tait un privilège, une porte de sortie. J'ai surtout compris que, moi, j'Ă©tais en train de scrapper ma chance. »

Quelques mois après son retour au pays, Érick retrouve les bancs d'école comme étudiant adulte et décroche un baccalauréat en... mathématiques pures en 2000, puis une maîtrise en économie deux ans plus tard.

Une dizaine d'enfants sourient à la caméra autour d'un véhicule des Casques bleus.

Courtoisie Frédérick Lavergne

«Je suis devenu united nations peu ce que ces jeunes voulaient devenir. Cette conversation-lĂ , c'est mon signal zĂ©ro. [...] Je suis qui je suis aujourd'hui parce que j'ai Ă©tĂ© lĂ -bas. »

Éric Moyneur est assis à une table de pique-nique et tient un gâteau entre ses doigts. Il a une tasse de café devant lui.

Courtoisie Dominique Brière

Le baklava

Érick regrette cependant encore de ne pas avoir pu mordre dans le petit gâteau offert par une dame (il ne sait pas encore que ledit gâteau southward'appelle baklava) Ă  une autre occasion. Mais les ordres sont stricts : il est interdit d'accepter de la nourriture des civils. Ce contact-lĂ  aussi est restĂ© gravĂ© dans ma mĂ©moire. Elle me donne un cadeau et je northward'ai pas le droit de l'accepter.

Pour son retour en Bosnie avec ses frères d'armes, 25 ans plus tard, Érick se promet donc deux choses : marcher dans les rues qu'il n'a sillonnĂ©es qu'en vĂ©hicule blindĂ© en 1993 et aller Ă  la rencontre des Bosniaques.

«J'ai passĂ© six mois Ă  les regarder du haut de ma tourelle [de Cougar]. Je veux descendre en bas, les regarder dans les yeux. Je vais leur serrer la main, pis je vais jaser avec eux autres. »

Les leçons de bosniaque

Možete li mi dati broj taksi službe? (Pourriez-vous me donner un numéro de téléphone pour united nations taxi?) répète en articulant soigneusement Érick sous le regard attentif de son enseignante, basée à Sarajevo.

En prĂ©vision de son voyage, le quadragĂ©naire suit des cours de bosniaque par Skype depuis plus d'un an. Les quelque 1000 mots de vocabulaire que le traducteur officiel du groupe cumule lui deviennent fort utiles lorsque ses amis et lui se retrouvent perdus au beau milieu de nulle part, entre Sarajevo et Vareš.

Un homme s'approche en les interpellant en bosniaque. Au lieu de les chasser de son terrain, l'inconnu, qui ne parle ni anglais ni allemand, les invite à prendre united nations café en sa compagnie.

Deux heures plus tard, Érick jubile, le ventre plein et les oreilles encore bourdonnantes.

Cette fois, même s'il ne s'agissait pas d'un baklava, il a pu savourer un gâteau offert par united nations Bosniaque. Il a également pu traduire à ses compagnons de voyage ce que l'homme lui racontait sur la réalité de vivre en milieu rural dans son pays.

J'ai eu droit à la totale! s'exclame-t-il, ravi, en reprenant le volant de la Citroën.

Le Gatinois de 45 ans a hâte de dĂ©crire son expĂ©rience Ă  sa professeure de bosniaque.

Érick Moyneur et Minela sont debout devant un édifice en Bosnie.

Courtoisie Érick Moyneur

Loukoums et confidences

Pour leur troisième et dernier rendez-vous à Sarajevo, Érick prévoit offrir à son enseignante le sirop d'érable spécialement apporté pour elle.

Il ne s'nourish pas à recevoir en échange les confidences de celle qui lui apprend le bosniaque, Minela. Réservée, cette dernière northward'a jamais parlé ouvertement du conflit avec Érick depuis le début de ses cours.

Le lendemain matin, autour d'united nations café, Minela se pointe pourtant avec des sacs cadeaux. Et, pour la première fois, elle accepte d'entrouvrir une fenêtre sur son passé.

Peut-être qu'Érick m'a déjà lancé des bonbons, du chocolat ou des biscuits quand j'étais petite, qui sait? Je n'avais aucune idée que c'étaient leurs familles et eux-mêmes qui achetaient toutes ces gâteries pour nous les donner, avant qu'Érick et ses amis me le disent. J'avais toujours pensé que c'était leur gouvernement qui approvisionnait les Casques bleus. Apprendre ça m'a vraiment touchée. Ça signifiait qu'ils ne faisaient pas ça par devoir, mais parce qu'ils souhaitaient vraiment nous faire plaisir comme ils le pouvaient. J'ai donc voulu leur dire merci de façon symbolique, cascade qu'ils comprennent toute la portée de leur geste pour moi et les autres enfants, à l'époque, en leur offrant à monday tour des friandises typiquement bosniaques , explique-t-elle.

Ă€ la demande de sa conjointe, Julie, Érick nourish d'ĂŞtre rentrĂ© Ă  la maison pour raconter 50'histoire de Minela et ses bonbons Ă  leurs trois enfants. Après avoir mangĂ© quelques loukoums, son fils lui demande : Bon ben, lĂ , tu vas mieux, maintenant, papa?

Oui, papa va beaucoup mieux , lui répond son père sans hésiter.

Et c'est vrai : depuis son retour, Érick constate que la routine n'est plus pareille. On dirait que les choses qui Ă©taient graves avant que je parte ne sont plus graves en revenant , affirme-t-il d'un ton posĂ©. Je ne suis pas dĂ©sinvolte, je suis juste plus serein. Il s'est passĂ© de quoi. Je ne sais pas trop quoi, mais il due south'est passĂ© de quoi en fermant ce voyage-lĂ .

«Oui, il y a le cĂ´tĂ© "Oubliez-nous pas cascade ce qu'on a fait", mais il y a aussi celui "Moi, je ne vous ai pas oubliĂ©s". »

Le sentiment d'appartenance très profond qu'Érick a ressenti en Bosnie lui confirme qu'il n'attendra pas un autre 25 ans avant d'y remettre les pieds. En fait, il prĂ©voit dĂ©jĂ  y retourner avec sa famille, dès l'Ă©tĂ© prochain. J'ai tournĂ© la page, mais le livre n'est pas fermĂ© , conclut Érick.

Des empreintes de pieds de bébé et un couteau

Radio-Canada

Les quelque 6500 monuments funĂ©raires d'une blancheur Ă  la fois sobre et Ă©clatante au soleil s'alignent Ă  perte de vue dans le mĂ©morial de Srebrenica. Depuis qu'il a atterri pour la deuxième fois de sa vie en Bosnie, Dominique en a vu, des cimetières, petits et grands.

À flanc de montagne le long des routes. Dans united nations gnaw ou dans la forêt. En plein coeur de Sarajevo, aussi. Mais aucun ne l'a autant bouleversé que celui de Srebrenica.

Parce qu'il est convaincu d'y trouver la tombe d'un enfant dont le souvenir le hante encore.

Ă€ ce jour, les corps d'un peu plus de 6500 des 8372 victimes du gĂ©nocide, presque exclusivement de sexe masculin et musulmanes, ont pu ĂŞtre identifiĂ©s Ă  l'adjutant de tests d'ADN.

MĂŞme s'ils ne sont pas tous inhumĂ©s sous une pierre tombale personnalisĂ©e, les 8372 morts ont droit Ă  leurs noms gravĂ©s dans la pierre des murets du mĂ©morial.

Ă€ cĂ´tĂ© de la date de leur naissance, un mois et une annĂ©e communs : juillet 1995. Le mois du massacre de Srebrenica. Sur les murets qui lui paraissent s'Ă©tirer Ă  l'infini, Dominique cherche un prĂ©nom en particulier.

Casque bleu sur la tête, Dominique Brière est accoudé à un véhicule militaire.

Courtoisie Dominique Brière

Eau chaude et beau nombril

C'est la fin d'united nations après-midi de mai ou de juin, en 1993. Dominique et son coéquipier se préparent à partir en patrouille de surveillance, à pied, dans les rues de Srebrenica.

L'enclave est peut-ĂŞtre protĂ©gĂ©e par les Casques bleus canadiens, le mode full combat northward'en demeure pas moins de rigueur : casque, veste antifragmentation et fusil d'assaut C7 font partie des accessoires de sortie obligatoires.

La ville est calme, ce jour-là. Tout southward'annonce tranquille pour le duo de Casques bleus. Jusqu'à ce qu'un jeune homme south'approche d'eux en courant. Visiblement énervé, il parle vite, dans sa langue.

Dominique et son partenaire ne comprennent rien. Le Bosniaque insiste, fait signe aux deux militaires de le suivre dans la petite rue donnant sur la identify principale. Ceux-ci lui emboîtent le pas jusqu'à une maison sans électricité, d'où sortent les gémissements d'une femme.

Malgré les ordres de ne jamais s'aventurer ainsi seul hors des artères principales, et encore moins dans une résidence, Dominique s'engouffre dans une première pièce sombre, se dirige vers les cris. Son partenaire, resté à l'extérieur, surveille nerveusement les alentours.

Dans la chambre éclairée par quelques chandelles où une vieille dame s'affaire autour du lit, une jeune femme est en train d'accoucher.

«Quand j'ai compris ce qui se passait, j'ai criĂ© Ă  mon coĂ©quipier d'aller chercher l'Ă©quipe mĂ©dicale. »

Or, le travail est bien enclenchĂ©. Aux prises avec une situation Ă  laquelle rien ne l'a prĂ©parĂ©, le soldat de 21 ans rĂ©clame de l'eau chaude au futur papa qui l'a menĂ© jusqu'ici, parce que dans les films, les sages-femmes ont tout le temps de 50'eau chaude .

Il fait de son mieux pour assister la mère, dont l'enfant naĂ®t heureusement sans complication, puisque les « mĂ©dics* » canadiens arrivent après coup.

«Le plus gros problème que j'ai eu, c'est de lui faire un beau nombril, au p'tit. J'avais aucune idĂ©e quoi faire. J'ai sorti mon couteau de chasse, j'ai coupĂ© le cordon ombilical pis j'ai fait united nations noeud. J'ai vu qu'il Ă©tait trop haut, j'en ai fait un autre, pis un autre, jusqu'Ă  tant que ça ait eu de 50'allure. »

Vingt-cinq ans plus tard, certains détails demeurent flous dans 50'esprit de Dominique. Il n'make it pas à se remémorer la date précise de son intervention, ni combien de temps elle a duré, par exemple.

Ă€ force de recouper ses souvenirs, il Ă©tablit que la naissance du bĂ©bĂ© a european union lieu entre le xv mai, date de son arrivĂ©e en Bosnie, et le 18 juin 1993, jour du dĂ©cès du caporal Daniel Gunther.

* Techniciens mĂ©dicaux, couramment appelĂ©s « mĂ©dics » dans le jargon militaire.

Dominique, le père du bébé et l'enfant sont entourés par un groupe composé majoritairement d'enfants et de jeunes.

Courtoisie Dominique Brière

Il se souvient cependant clairement d'une chose. À un moment donné, le père m'a demandé c'était quoi mon nom. Je lui ai dit que je thou'appelais Dominique.

Il due south'arrĂŞte, les larmes aux yeux et la voix enrouĂ©e par l'Ă©motion, avant de reprendre : Il a nommĂ© son gars Dominic.

Ce soir-là, le Canadien rentre au camp avec le sentiment d'avoir fait quelque chose de bien. Cascade une fois, parce que c'était rare qu'on pouvait faire de quoi de bon, ben rare , assure-t-il.

Quelques semaines plus tard, de retour Ă  Srebrenica avant la fin de son tour de six mois en Bosnie, Dominique croise de nouveau le papa, lors d'une patrouille.

50'homme lui dit de l'attendre, se précipite chez lui et revient, heureux et fier, bébé Dominic dans ses bras.

C'est la dernière fois que le Québécois voit l'enfant qui porte son prénom.

La rue des souvenirs plus ou moins flous

Deux ans plus tard, Srebrenica est le théâtre macabre du pire massacre à survenir en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.

Les images du génocide perpétré par les troupes du général serbe Ratko Mladić sont insupportables pour Dominique. Il craint d'ailleurs le choc d'un retour sur les lieux où, envers et contre tous, il a autrefois participé à la naissance d'un garçon qu'il croit mort et enterré depuis 1995.

Dans la voiture qui vient d'emprunter l'embranchement vers Srebrenica, Dominique sent son coeur battre plus vite, son souffle se raccourcir.

Je suis en train de me taper une belle crise d'anxiété, moi, là , lâche-t-il, en pleurs, sur la banquette arrière du véhicule.

Vas-tu être correct? lui demande aussitôt Frédérick, qui est le chauffeur désigné de la journée.

Oui, oui , lui répond Dominique en prenant une longue inspiration.

Il est le seul de la bande à véritablement avoir passé du temps à Srebrenica, mais tous ont en tête des images du génocide présentées à la télé. Ils longent le stationnement d'un ancien garage où croupissent les carcasses noircies d'autobus aux fenêtres éclatées. C'est là-dedans que les Serbes les avaient amenés , signale Frédérick au passage.

Quelques kilomètres plus loin, alors que la Citroën s'engage dans Srebrenica, Dominique s'anime. L'hôpital! Le campement canadien était juste en arrière!

Il reconnaĂ®t Ă©galement le terrain oĂą certains membres du Majestic 22e RĂ©giment des Forces armĂ©es, auquel les rĂ©servistes hullois Ă©taient rattachĂ©s, ont jouĂ© une partie de soccer contre les Bosniaques.

Puis, le fameux rond-point, cette identify centrale où, à l'époque, les civils se rassemblaient dans l'espoir d'avoir des nouvelles, notamment de leurs disparus. Et la rue, southward'ouvrant à la droite du rond-point, tout juste après united nations petit parc.

C'est le chemin pris cascade la femme que j'ai accouchée! s'exclame Dominique.

Au volant, FrĂ©dĂ©rick freine brusquement, recule, repart dans la bonne direction et roule doucement afin de donner la chance Ă  son ami de repĂ©rer la maison des parents du bĂ©bĂ©. Rien Ă  faire : rendu lĂ , tout redevient flou dans la tĂŞte de Dominique.

Le monument est composé d'un socle de forme trapézoïdale et d'un cube sur lequel sont gravés le nom de Srebrenica, le mois de juillet en bosniaque et l'année 1995.

Courtoisie Érick Moyneur

Un prénom parmi 8372

Avant de rentrer à Sarajevo, les frères d'armes prennent le temps de s'arrêter au mémorial pour se recueillir. Dans un silence empreint de respect, ils sillonnent les allées, scrutent les noms inscrits sur les murets commémoratifs du site. Des familles complètes ont été éradiquées, parfois à coup de cinq générations, constatent-ils, totalement chamboulés.

Ils cherchent aussi Dominic, bien sĂ»r, et prĂŞtent une attention particulière aux annĂ©es de naissance. Le plus jeune garçon qu'ils trouvent est venu au monde en 1981; il avait donc fourteen ans en juillet 1995. Dominic, lui, en aurait eu tout juste deux.

Lors de notre rendez-vous Skype, le lendemain soir, Dominique m'apparaît encore tout chaviré par cette découverte. À fifty'écran, il éclate en sanglots. Ça veut dire que Dominic est probablement encore en vie!

Visiblement tout aussi émus que lui, Érick, Frédérick et Luc l'entourent de leur présence rassurante dans le salon du condo qu'ils louent à Sarajevo.

RongĂ© par la honte de ne pas avoir fait assez pour aider la population locale, 25 ans plus tĂ´t, 50'ex-Casque bleu n'avait pas l'intention de tenter de retrouver Dominic pendant son sĂ©jour en Bosnie.

La possibilité que le garçon ait pu survivre au génocide le secoue profondément. Mon idée était faite, mais là, c'est une excellente nouvelle, inespérée! reconnaît-il en regardant directement la caméra de 50'ordinateur, les larmes continuant de rouler sur ses joues.

Tu as trouvé la paix, c'est ça que tu thousand'as dit , intervient doucement Luc, en se tournant vers son frère d'armes.

Deux jours après ce rendez-vous Skype particulièrement chargé en émotions, l'histoire connaît un nouveau rebondissement.

Dans la foulée de leur pèlerinage à Srebrenica, les voyageurs rencontrent Allen, un jeune guide touristique de Sarajevo. Avide de comprendre le sens de leur retour en Bosnie, il leur pose mille et une questions. Quand Dominique lui narre les circonstances de la naissance de Dominic, Allen ne fait ni une ni deux et se lance sur Net à la recherche de son compatriote.

De fil en aiguille, il apprend aux Québécois que Dominic vivrait peut-être aux États-Unis aujourd'hui. Les démarches entreprises depuis auprès des autorités et de divers organismes, notamment des regroupements de Bosniaques exilés et de survivants de Srebrenica, n'ont cependant pas encore permis de le retrouver.

Je ne thou'attendais pas à ça. Ça donne de l'espoir, mais en même temps, je ne veux pas me faire d'idées , tient à nuancer Dominique.

Il ne enshroud pourtant pas qu'il aimerait bien, un jour, avoir la chance de serrer de nouveau Dominic dans ses bras. Mais celui qui a aidĂ© sa mère Ă  le mettre au monde aimerait surtout obtenir la confirmation qu'il a bel et bien pu souffler les 25 chandelles sur son gâteau d'anniversaire cette annĂ©e. Que Dominic a survĂ©cu lui aussi Ă  la guerre.

Dominique Brière tient son bébé collé contre lui, alors qu'ils sont couchés ensemble sur un canapé, en train de dormir.

Courtoisie Dominique Brière

Ă€ double tranchant

50'annĂ©e 2018 marque aussi un anniversaire important dans la vie de Dominique : les 18 ans de l'aĂ®nĂ© de ses deux fils. L'arrivĂ©e d'united nations premier enfant aurait dĂ» ĂŞtre un moment de joie cascade le couple qu'il forme avec Julie. Elle s'est avĂ©rĂ©e un couteau Ă  double tranchant cascade le nouveau papa.

«La naissance de mon bloke a rĂ©activĂ© le syndrome de stress post-traumatique qu'on m'avait dĂ©jĂ  diagnostiquĂ© en Bosnie. Comme quoi, mĂŞme un Ă©vĂ©nement heureux peut ĂŞtre un dĂ©clencheur. »

Julie sait que Dominique, qu'elle a commencé à fréquenter environ deux ans après son retour de Bosnie, en est revenu transformé. Northward'étant pas encore au courant de ce que son mari a vécu à Srebrenica, elle ne peut deviner la profondeur de la douleur qu'il a tue jusque-là, et qui vient de lui éclater au visage.

Pour ma part, je l'ai toujours écouté, sans jamais trop poser de questions. Il fallait que ça vienne de lui, sinon il se refermait. Monday rôle, c'était et ça demeure de le soutenir dans sa thérapie, d'être présente. Je l'aime comme il est, mon homme, et je lui ai toujours dit que je ne voulais pas le changer! affirme tendrement Julie.

Dominique due north'a jamais voulu faire porter Ă  son aĂ®nĂ© le poids de son trouble de stress post-traumatique (TSPT, ou PTSD en anglais), mais il tenait Ă  lui en parler ouvertement. J'attendais qu'il ait 18 ans. C'Ă©tait essentiel pour moi qu'il comprenne bien que j'avais Ă©tĂ© diagnostiquĂ© avant qu'il vienne au monde. Qu'il north'est pas responsable de mon PTSD.

Son garçon n'a cependant pas attendu cette toute rĂ©cente discussion avec son père pour annoncer Ă  ses parents, un peu plus tĂ´t cette annĂ©e, qu'il entendait rĂ©orienter ses Ă©tudes : il aspire aujourd'hui Ă  devenir travailleur social et Ă  accompagner professionnellement les gens touchĂ©s par united nations TSPT et leur entourage.

Un panneau affichant le dessin de deux bottes trouées par des balles, avec en arrière plan dans oiseaux volant dans le ciel.

Radio-Canada

Bodobroum... bodobroum... bodobroum…

Au milieu des vêtements que Frédérick a entassés dans la sécheuse, ses bottes rebondissent, cognent les parois dans un bruit assourdi.

Comme des obus tombant au loin , dit-il.

Sur cette planche de BD, Frédérick Lavergne s'est dessiné allongé devant une machine à laver et une sécheuse.

Courtoisie Frédérick Lavergne

Bodobroum... bodobroum... bodobroum…

Le bruit n'est pas assez fort pour réveiller son père et sa mère assoupis à 50'étage, mais tout de même assez pour briser le silence qui l'oppresse.

Après six longs mois en Bosnie, Frédérick couche de nouveau au sous-sol, chez ses parents. Il y avait trop de silence dans la maison et, en temps de guerre, le silence northward'augure jamais rien de bon. C'est le calme avant la tempête.

Pendant son tour, le soldat de 20 ans a plutĂ´t appris Ă  s'endormir bercĂ© par le son des tirs de mortiers ou des tireurs d'Ă©lite.

Bodobroum… bodobroum… bodobroum…

Au cours de la nuit du 11 mai 1994, Ă  plus de 6000 kilomètres de Visoko, FrĂ©dĂ©rick somnole et se rĂ©veille par saccades, Ă©tendu Ă  mĂŞme le sol, Ă  cĂ´tĂ© de la sĂ©cheuse en marche. Mon père se levait Ă  v h, cascade aller travailler. Je me suis organisĂ© pour retourner dans monday lit juste avant, pour ne pas inquiĂ©ter inutilement mes parents.

Frédérick vient de rentrer à Gatineau.

Physiquement, du moins.

De gauche à droite, Ernest, Frédérick et Claudette Lavergne sont debout dans une salle de la base de Valcartier devant des drapeaux.

Courtoisie famille Lavergne

« Char » noir et ruban jaune

Les portes du hangar de la base de Valcartier s'ouvrent. Sur le tarmac, 50'autocar qui doit les mener à l'aéroport Jean-Lesage attend les militaires en partance pour la Bosnie-Herzégovine. Après une dernière honour, Claudette et Ernest Lavergne regardent leur fils southward'éloigner à travers leurs larmes.

«C'Ă©tait le 11 novembre 1993. Quand il a franchi les portes, j'ai su que je venais de perdre mon fils tel que je l'avais toujours connu. »

De retour à la maison, les parents accrochent une couronne ornée d'un ruban jaune à leur porte. Un ruban jaune qui scintille comme la flamme d'une chandelle qu'ils auraient allumée pour servir de repère à leur aîné, le ramener vers eux.

Cela n'empêche pas pour autant Ernest de vivre dans la crainte d'entendre un oiseau de malheur venir cogner à sa porte. Frédérick m'avait prévenu que si united nations "char" noir s'arrêtait devant la maison et que le padré militaire en sortait, ça voudrait dire qu'il lui était arrivé quelque chose , explique le septuagénaire.

Dès lors, chaque fois qu'une voiture noire s'immobilise en face de la rĂ©sidence familiale, Ernest court se cacher au sous-sol. Je ne voulais pas avoir Ă  ouvrir la porte, si ça sonnait. En fait, j'avais si peur de ce qui pouvait arriver Ă  FrĂ©dĂ©rick que j'en avais oubliĂ© qu'on habitait sur un coin de rue et qu'il y avait un arrĂŞt juste devant la maison. Ça m'a calmĂ© un peu , confesse-t-il, partagĂ© entre la gĂŞne et le rire, 25 ans plus tard.

Claudette attend vaillamment des nouvelles de son aîné. Elle cherche à percevoir le non-dit entre les lignes des lettres se voulant rassurantes que leur fils leur envoie, et qu'ils lisent à trois, à l'heure du souper, assis à la table de la cuisine avec leur cadet, Sébastien, quand elles leur parviennent. Sans la bonne humeur de Sébastien, je ne sais pas comment on aurait passé à travers cet enfer , confie la maman.

Ă€ l'instar de son mari et de son autre fils, elle suit l'actualitĂ© et essaie de dĂ©tecter le non-dit aussi dans les moindres intonations de la voix de FrĂ©dĂ©rick lors de ses trop rares appels, limitĂ©s Ă  ten minutes, 2 fois par mois.  On ne south'est jamais couchĂ©s en paix, tout le temps qu'il a Ă©tĂ© parti , renchĂ©rit Claudette.

Un coeur brisĂ© avec un coquelicot rouge et la citation «Ă€ force de cĂ´toyer cette folie, mon âme se dĂ©tache crĂ©ant un vide».

Radio-Canada

La mort aux trousses

Si Ernest et elle sont soulagés de voir leur yard gars rentrer au bercail, ils réalisent rapidement qu'ils n'ont pas fini d'avoir peur pour lui. Depuis la fin de son bout, Frédérick est triste, parle peu, tremble dès qu'un coup de tonnerre résonne ou que des feux d'bamboozlement explosent dans le ciel.

«Une nuit d'orage, Ernest retrouve son fils cachĂ© dans son garde-robe. Il doit s'Ă©tendre Ă  ses cĂ´tĂ©s, dans son lit, en le serrant dans ses bras, pour rĂ©ussir Ă  le calmer. »

On voulait l'aider, mais on due north'était pas outillés , souligne Claudette. À leur retour de Bosnie, on a été laissés à nous-mêmes, comme parents. Eux aussi, tous ces jeunes soldats, ils ont été laissés à eux-mêmes.

Frédérick broie sérieusement du noir. L'inquiétude d'Ernest monte d'ailleurs en flèche lorsqu'il trouve la toile violemment éclaboussée de rouge sombre que son aîné a peinte et laissée au sous-sol. Ma peur, c'était qu'il se suicide pendant notre absence.

«Sa crainte est si vive, en fait, que depuis des semaines, il ne prend dĂ©jĂ  plus de gamble : chaque fois que Claudette et lui reviennent Ă  la maison, Ernest entre en premier "pour vĂ©rifier partout, au cas oĂą". Pour southward'assurer que sa conjointe ne soit pas celle qui trouve le corps de leur fils, pendu ou les veines ouvertes. »

Frédérick s'accroche cependant à la vie malgré tout. Il refuse les médicaments prescrits par le médecin, quand ses parents l'emmènent à l'hôpital, mais il accepte de suivre une thérapie.

Son chien Zunko devient le précieux et silencieux confident de ses angoisses. Et puis, dessiner demeure une soupape pour lui, comme lorsqu'il southward'installait sur son lit de military camp, ses écouteurs de Walkman sur les oreilles, à Visoko. Tout le monde comprenait alors qu'il ne fallait pas le déranger. Qu'il avait besoin de sa bulle.

En 2007, il exorcise une partie de ce qu'il a vécu au front end dans sa bande dessinée intimiste, Fifty'essence du coeur/Les sens du coeur.

J'ai rĂ©alisĂ© tout ce que mon fils de 20 ans a vĂ©cu pendant ces 6 mois lĂ -bas. J'ai rĂ©alisĂ© son traumatisme, Ă©norme. Ça l'a libĂ©rĂ© [de publier sa BD], mais ça nous a affectĂ©s beaucoup , rĂ©vèle Claudette.

Ernest, lui, avoue qu'il n'a pas encore réussi à lire la BD de son fils au complet. Je pleure trop.

Sur cette planche de BD, Frédérick Lavergne s'est représenté avec deux autres personnes en train de regarder un arbre derrière lequel on peut voir les fantômes des soldats qu'ils ont été.

Courtoisie Frédérick Lavergne

Drapeaux en déploiement

Mais Frédérick sent que publier sa bande dessinée northward'est pas assez. Il a toujours dit à ses parents qu'il lui faudrait retourner united nations jour en Bosnie. Les Lavergne ne sautent pas nécessairement de joie quand il leur annonce son deuxième départ avec ses frères d'armes.

Ma première réaction, ça a été de craindre qu'il revienne en pire état que la première fois , murmure Claudette.

«On ne voulait pas le ramasser Ă  la petite cuillère une deuxième fois. On n'en aurait pas Ă©tĂ© capables, je crois. »

Cette fois, le couple peut néanmoins compter sur la technologie et les réseaux sociaux pour avoir des nouvelles de Frédérick presque quotidiennement, par le biais des tranches de vie et des capsules mises en ligne par les voyageurs.

Ernest, qui a remis des épinglettes du drapeau canadien à son fils avant son départ, peut ainsi visualiser les endroits où Frédérick et ses amis ont pris l'habitude de laisser des traces de leur deuxième passage. Ça me touchait de sentir que ça leur permettait à tous de faire la paix avec le passé , mentionne Ernest.

Le sourire de son fils sur les photos qu'elle peut admirer sur Internet rassure particulièrement Claudette. Il ne souriait jamais sur les photos d'il y a 25 ans , prĂ©cise-t-elle.

Un coco moins dur

À 50'aller, Frédérick a empaqueté en premier ses crayons, ses pinceaux chinois, son encre et son carnet de papier de qualité spécialement achetés pour ce nouveau périple.

Ă€ moins de 48 heures de son vol de retour, c'est plutĂ´t lui qui est dĂ©jĂ  dans sa valise.

«Le petit oeuf dur que j'ai Ă©tĂ© pendant 25 ans, la carapace que je me suis faite, ben, je l'ai percĂ©e, pis je suis devenu un oisillon [...] qui veut prendre son envol. Après 25 ans, je vais vraiment revenir chez moi. Je me ramène Ă  la maison. »

Frédérick Lavergne est souriant.

Radio-Canada

Dans le salon de leur condo à Sarajevo, Frédérick se tient droit et digne aux côtés de ses compagnons, malgré l'émotion qui l'oblige à prendre quelques pauses lors de notre dernière conversation par Skype.

Je tourne pas la page, pis je renie. Je fais juste tourner la page vers de quoi de mieux, déclare-t-il à l'écran. J'ai hâte en tabarnak de serrer ma mère et monday père et de pouvoir leur dire que je suis vraiment revenu!

Les retrouvailles, quelques jours plus tard à Gatineau, prennent des airs de fête et southward'avèrent nettement plus sereines qu'en 1994 pour toute la famille.

Quand je l'ai revu, je l'ai trouvé tellement beau, monday gars! s'exclame Claudette, le regard pétillant de fierté et d'flirtation maternels. Ce voyage, c'est peut-être le plus beau cadeau que Frédérick pouvait se faire, finalement!

Et à nous aussi, renchérit Ernest. Ça nous a apporté beaucoup de paix, à nous aussi!

Plus que tout, ils ont la confidence d'avoir retrouvé leur fils. Un fils qui laisse lentement mais sûrement tomber au bon endroit les nouvelles pièces de son casse-tête intime. Certaines se sont imbriquées pour combler des trous, d'autres ont remplacé des morceaux déformés par le temps et les mauvais tours de sa mémoire. D'autres attendent de trouver leur juste place en lui.

On est repartis en mission de paix cascade nous, cette fois. Retourner à 50'hôpital de Fojnica m'a fait le plus grand bien, par exemple. Mes plaies cicatrisent, mais elles ne seront peut-être jamais complètement guéries , constate Frédérick avec lucidité, half-dozen mois plus tard.

Le dessin laisse voir un panneau d'arrêt sur lequel est écrit, sous le mot Stop, la phrase Enjoy your life.

Courtoisie Frédérick Lavergne

Depuis qu'il est rentré de la Bosnie pour la deuxième fois, en mai dernier, il accepte néanmoins plus sereinement la présence de ses fantômes , toujours là, mais moins opaques et moins lourds à porter.

Le résultat, c'est entre autres que Frédérick se réjouit encore plus qu'avant quand ses parents, le temps d'une visite, garent leur véhicule noir devant chez lui.

Dominique Brière et son chien de service se balade dans une clairière.

Radio-Canada

Crédits

Valérie Lessard
Journaliste et réalisatrice aux contenus

Chantal Mainville
Première conceptrice

Élise Desrochers et Michel Aspirot
Photographes

Émilie Parisien
Monteuse

Émilie Larivée-Tourangeau
Conseillère aux formats numériques

André Dalencour
Réalisateur

Mykael Adam
Premier développeur, développement numérique

Lore Brit
Chef de projet numérique

Martin Labbé
Designer interactif

Pierre Gauthier
Premier analyste, développement numérique

Brigitte Essiambre
Coordonnatrice de projets, développement du contenu

Justine Lefebvre
Réalisatrice-coordonnatrice, Ottawa-Gatineau

Chantal Jolicoeur
Première chef – Programmation et DĂ©veloppement, Ottawa-Gatineau

Yvan Cloutier
Directeur – Radio-Canada, Ottawa-Gatineau

Marie-Claude Dupont
Directrice principale, Programmation et Stratégie multiplateforme, Services régionaux

Eric Langlois
Chef des opérations numériques

Yannick Pinel
Directeur, stratégie éditoriale numérique

Source: https://ici.radio-canada.ca/recit-numerique/39/faire-la-paix-avec-la-guerre

Posted by: gattiadmiand1953.blogspot.com

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